Cet article que je n’écrirai pas : le silence

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Paris, un canal, un Xème arrondissement
Paris, un canal, un Xème arrondissement

Le silence. C’est probablement la plus belle et méconnue des inventions divines. Rien n’y fait, même les expressions venues de la nuit des temps pour nous apprendre qu’il est bien d’or, nous nous acharnons à nous réfugier dans la fureur, le commentaire, les sanglots résonnants et les hurlements de rue.

Face au sang, la folie, la fureur, la douleur et la colère, ma bouche est restée close, mes doigts figés, mon âme loin de Paris, de mon quartier, de ma rue ensanglantée.

Loin de ces ombres sanglotantes sous les arbres… des traces de sang sur les trottoirs… des fleurs entassées sur la terrasse où nous attendions impatients notre bobun…

Loin de la fureur vengeresse des réseaux sociaux où mes amis prenaient d’assaut les moulins; à coup d’apéros, de drapeaux, de bougies, de likes, de déclarations d’amour à la Patrie et j’en passe… Ah oui emmerdons les terroristes en buvant un verre, en nous tenant la main, en affichant notre drapeau, en nous faisant des bisous dans la rue ou en brandissant notre saucisson 100 % pur porc …. je crains que ne ce ne soit pas suffisant pour gagner une guerre, même d’images.

Le déferlement de bons sentiments, des larmes et de la colère était attendu. Il était légitime, même quand il frisait l’indécence des hurlements sociaux parce que “le collègue de la cousine de ma secrétaire” est mort ce jour là, alors oui moi aussi je fais partie de cette histoire, moi aussi je fais partie des victimes, moi aussi j’ai droit à ma part d’images, de gloire mortifère…. ce moment incroyable où l’on a l’impression que tous les médias du monde diffusent au même moment le même épisode de Secret Story avec ses candidats qui vérifient que la caméra est bien tournée vers eux avant de vraiment pleurer.

Ces pseudos victimes, ces assoiffés du collatéral, m’auront au moins servis à une chose : ils m’ont fait comprendre que contre toute attente, les candidats de secret story étaient sincères. Leur fausseté n’est pas dans leur jeu, ou la sincérité de la souffrance mais dans sa légitimité. Quand je pense à ceux qui ont perdu ce jour là un membre de leur famille, un amoureux, un amant, un ami cher,  je réalise à quel point la violence et l’injustice de leur perte ont été amplifiées par ces autres parisiens qui ressentaient le besoin de hurler sur les réseaux sociaux leurs propres RIP parce qu’une fois ils ont mis les pieds au Bataclan… Ils pleurent, balancent 65 statuts Facebook, autant sur twitter, parfois réussissent a parler à la télévision ou à la radio… et toi tu regardes ça depuis ton canapé la nuit, quand tu ne dors plus parce que ta fille est morte cette nuit là au Bataclan.

Mais toi tu te tais.

Parce que les plus grandes douleurs sont silencieuses.

1 thought on “Cet article que je n’écrirai pas : le silence

  1. @itsgoodtobeback tout ce que je n’ai pas su formuler, merci, it’s good to have you back <3

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