La Gauche et la Guerre

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départ pour la guerre (1914)
départ pour la guerre (1914)

L’histoire est parfois surprenante, tout autant que la politique. C’est en écoutant Cécile Duflot qui passait dimanche 22 novembre sur Canal plus que la question du rapport de la gauche à la guerre s’est posée à mon esprit. Écoutant ses propos plein de dégout pour le vocabulaire guerrier et ses implications sur notre vie et celle du pays, je ne pouvais que me souvenir que pour les gens de gauche, entrer en guerre, c’est déjà une défaite.

La droite, dans son sens générique, n’est quant à elle pas par principe favorable à la guerre mais elle considère cela comme une option politique crédible et même acceptable. Pour elle, ce qui est intolérable, c’est de perdre la guerre, pas de la faire.

Dans ce rapport intellectuel à la guerre il y a néanmoins une faille énorme. La gauche au gouvernement a une tendance presque maladive à mener la politique exactement contraire à la vision idéologique qu’elle a développée et qui l’a menée au pouvoir.

L'étrange défaite
L’étrange défaite

Pour ne pas projeter des idéaux politiques sur les familles de l’ancien temps, nous en resterons au XXème et XXIème siècle, période où à chaque fois que la France rentre dans un conflit armé, c’est la gauche qui est au pouvoir. Ne me faite pas de procès d’intention. Je ne crois pas que la gauche soit responsable de la guerre, ce serait là un lien bien stupide à faire, tant intellectuellement que politiquement. Le lien politique existe pourtant dans la manière dont on en arrive à la guerre. J’ai le vague souvenir d’une dissertation de sciences politiques qui m’avait valu une bien mauvaise note car j’avais osé mettre dans la liste des causes de la défaite française de 1940, l’incurie totale de la préparation militaire et sociale de la France de cette époque. Le professeur m’avait alors signifié doctement que reprendre une partie du discours de Vichy était intolérable… Il ne pouvait entendre peut être mes arguments reprenant non pas les discours de Vichy mais notamment l’ouvrage L’Étrange Défaite, rédigé de juillet à septembre 1940 par Marc Bloch, historien, combattant de la Première Guerre mondiale décoré de la Croix de guerre, de la médaille militaire et de la Légion d’honneur ainsi qu’un membre de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale. Le livre ne sera publié qu’en 1946, deux ans après que l’auteur ait été fusillé par la Gestapo. L’ouvrage est constitué de trois parties : Présentation du témoin, où il témoigne de son expérience personnelle, La déposition d’un vaincu où il analyse les carences de l’armée française durant l’avant-guerre et la guerre et Examen de conscience d’un Français, où il fait le lien entre les carences observées et celles qu’il identifie dans la société française de l’Entre-deux-guerres.

Toutes ces guerres, celles gagnées (rares) et celles perdues (la plupart) trouvent leur source dans le refus obsessionnel du pouvoir de préparer le pays à la guerre, de prendre les mesures nécessaires pour éviter le pire en niant l’existence des difficultés. Si vis pacem, para bellum, Qui veut la paix prépare la guerre, est probablement l’explication certes antique mais la plus exacte aux défaites françaises. Nos gouvernants de gauche s’acharnent à refuser la guerre jusqu’au moment où finalement, au bord du précipice, ils acceptent de s’abandonner au sort des armes … sans avoir pris le temps de préparer le pays.

Viviani
Viviani

La Première guerre mondiale : Le 1er aout 1914, la France mobilise contre l’Allemagne et se lance à corps perdu dans ce qui restera la plus grande tuerie militaire de l’histoire du monde, la 1ère guerre mondiale. Le Président du Conseil est alors René Viviani, élu socialiste à la tête d’une des majorité les plus à gauche de l’histoire de la IIIème république avec 475 élus de gauche contre 75 à la droite et 51 non-inscrits.

La seconde guerre mondiale : Le 3 septembre 1939, Edouard Daladier annonce que la France déclare la guerre à l’Allemagne Nazi. C’est un élu du parti radical à la tête de la majorité de gauche dite du « Front Populaire » qui dirige le pays depuis 3 ans ; Aux élections législatives de 1936, la gauche a emporté 386 sièges contre 224 à la droite.

La guerre d’Indochine : En juillet 1946, le général Leclerc rentre en France après avoir chassé japonais et Chinois d’Indochine. Il écrit : « J’ai recommandé au gouvernement la reconnaissance de l’État du Viêt Nam, il n’y avait pas d’autre solution. Il ne pouvait être question de reconquérir le Nord par les armes, nous n’en avions pas, et nous n’en aurions jamais les moyens. Rappelez-vous le Sud. Ici l’insuccès est certain… Il faut garder le Viêt Nam dans l’Union française, voilà le but, même s’il faut parler d’indépendance. A Fontainebleau doit être trouvée une solution garantissant à la France au moins le maintien de ses intérêts économiques et culturels… étant entendu que Hô Chi Minh persistera à vouloir se débarrasser de nous… Pour cela, tendez la corde, tirez dessus… mais surtout qu’elle ne casse jamais !… Il nous faut la paix ! » Pourtant, le 23 novembre 1946, le Gouvernement français ordonne le bombardement du port de Haiphong par l’artillerie. Ce revirement provoque le déclenchement de la guerre d’Indochine.

C’est Georges Bidault qui dirige le Gouvernement. Élu de centre gauche issu du MRP, il dirige une coalition tripartite PCF 182 sièges, SFIO (socialistes) 102 sièges, MRP 173 sièges face à la droite 141 sièges et les non-inscrits 29.

François Mitterrand et l'Algérie
François Mitterrand et l’Algérie

La guerre d’Algérie : Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, plus de trente attentats ont lieu sur le territoire de l’Algérie française. Une proclamation diffusée dans la presse revendique ces actions au nom d’un mystérieux groupe : le FLN, Front de libération nationale réclamant l’indépendance d’un « État algérien souverain démocratique et social dans le cadre des principes islamiques ». Et ce, « par tous les moyens ».

Président du Conseil depuis le 18 juin 1954, Pierre Mendès France (socialiste) affirme aussitôt avec force que « l’on ne transige pas quand il s’agit de défendre la paix intérieure de la nation, l’unité et l’intégrité de la République ». Son ministre de l’Intérieur, François Mitterrand, en visite en Algérie le 12 novembre 1954, juste après le lancement de l’insurrection armée, l’affirme : «l’Algérie, c’est la France !, la négociation avec les rebelles c’est la guerre

La majorité en place est la conséquence du plus grand hold up électoral de l’histoire républicaine lors des élections de 1951. Le PCF était arrivé en tête en termes de suffrages, mais perdait 79 sièges. Le RPF du général de Gaulle devenait le premier parti de l’Assemblée, sans être en mesure d’empêcher les forces coalisées dites de la Troisième force regroupant la SFIO, les modérés, le MRP, le Parti radical et l’UDSR.de remporter les élections. Cette majorité n’avait qu’un seul projet : empêcher les gaullistes ou les communistes de gouverner. Pour ce faire elle avait mis en place un régime électoral sur mesure : la loi des apparentements.

La crise du Canal de Suez : Le 26 juillet 1956, Nasser opère la nationalisation du canal et la mise sous séquestre des biens de la compagnie universelle du canal de Suez. Au cours des mois suivant la nationalisation du canal, un accord secret est signé entre la France, le Royaume-Uni et Israël à Sèvres. Leur objectif est alors de renverser Nasser et de récupérer le canal. Les Protocoles de Sèvres stipulent : « L’État hébreu attaquera l’Égypte le 29 octobre 1956 dans la soirée et foncera vers le canal de Suez. Profitant de cette agression « surprise », Londres et Paris lanceront le lendemain un ultimatum aux deux belligérants pour qu’ils se retirent de la zone du canal. Si l’Égypte ne se plie pas aux injonctions, les troupes franco-britanniques entreront en action le 31 octobre. » Les alliés s’accordent ainsi pour qu’Israël s’engage militairement contre l’Égypte, laissant le soin à la France et au Royaume-Uni d’intervenir ensuite, en demandant aux deux belligérants de retirer leurs troupes des rives du canal, puis en menant une intervention militaire franco-britannique sur Port-Saïd, connue depuis sous le nom d’ « Opération Mousquetaire ». L’opération, un véritable succès militaire, tournera à la catastrophe politique en marquant non seulement l’isolement de la France et du Royaume Uni mais aussi leur faiblesse politique. En France l’opération a été voulue et menée par Guy Mollet, Président du Conseil et patron des socialistes depuis 1946 …

La première guerre du Golfe : Le 2 août 1990, l’armée de Saddam Hussein passe la frontière du Koweït et s’empare du petit émirat. Quatre jour plus tard, le président George H. W. Bush signe l’ordre d’engagement de l’opération « Bouclier du désert ». Le président français François Mitterrand (encore lui) décide de l’envoi dans le Golfe, d’un corps expéditionnaire, qui sera porté à 12 000 hommes. C’est finalement le 16 janvier 1991 que le Parlement français vote en faveur de l’engagement militaire français dans le Golfe avant que François Mitterrand ne s’adresse aux français en ces termes  : «  tout repose désormais sur notre cohésion nationale. La patrie fera face aux heures difficiles qui s’annoncent en préservant son unité… »

Arrivée du président François Hollande devant le Parlement réuni en Congrès le 16 novembre 2015 à Versailles (AFP/)
Arrivée du président François Hollande devant le Parlement réuni en Congrès le 16 novembre 2015 à Versailles (AFP/)

 

 

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