Elections régionales : Hollande pourrait-il en être le vrai vainqueur ? (2ème partie)

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Le bon coup de l'executif
Le bon coup de l’exécutif

Au delà de la victoire du Front national, ces élections régionales pourraient en fait être le point d’orgue de la stratégie présidentielle en vue de 2017, une stratégie qui anéantirait Nicolas Sarkozy et affaiblirait suffisamment la droite pour permettre à François Hollande d’arriver en 2nde position lors du 1er tour de 2017 et de rassembler les français contre Marine Le Pen … 

La stratégie de François Hollande et Manuel Valls pour ces élections régionales aura été absolument impressionnante et probablement un vrai cas d’école pour toutes les bons instituts de sciences politiques : comment transformer une déroute en victoire !

1ère étape : la réforme territoriale

Chacun le sait François Hollande n’avait jamais parlé de réforme des limites régionales pendant la campagne de 2012 et pourtant l’idée lui vint un matin en se rasant de redécouper nos belles régions de manière disons le électoralement opportune … prenons quelques exemples : La région Poitou Charentes dont la présidente était jusqu’à son entrée au Gouvernement Mme Ségolène Royal. Depuis 2010, du fait de divisions internes ou de la simple usure du pouvoir la gauche ne cesse de reculer dans une région devenue symbolique du fait de la personnalité qui la préside … Si les élections s’étaient tenu dans cette région sur son découpage précédant, c’est la droite Les Républicains qui serait arrivée en tête au 1er tour et non la gauche, même si les reports de voix aidant cette dernière pouvait espérer garder la région au  terme du scrutin. En fusionnant Poitou Charentes avec deux régions très ancrées à gauche (Aquitaine et Limousin), le Gouvernement a préservé la région (et les sièges allant avec) au profit du Parti socialiste.

Nouvelles régions

 Anciennes régions

Sur ces deux cartes (nouvelles régions à gauche et anciennes à droite) on constate l’effet de la réforme territoriale sur le 1er tour des élections régionales … Nous allons voir que son effet est plus significatif encore sur le second tour.

2ème étape : le discours d’Union nationale

C’est dès le début de la campagne que Manuel Valls joue la petite musique de l’Union nationale face à la victoire annoncée du Front national … Dès le 11 novembre le Premier ministre laisse filtrer dans la presse qu’il envisage la fusion des deux listes républicaines entre les deux tours si Marine Le Pen pointe en tête avec 5 à 6 points d’avance. Le lendemain, le 12 novembre un des conseillers de Manuel Valls confie au Monde : “Si la gauche se retire, il n’est pas sûr que la droite l’emporte, c’est la double peine: Le Pen gagne, la gauche ne siège plus … il faut assumer l’UMPS, c’est l’équivalent chez les autres pays européens des grandes coalitions”.

Le piège est tendu. La gauche tend la main à la droite au nom des valeurs républicaines. Le Parti socialiste, pourtant parti quasiment seul et isolé dans cette campagne devient le porte drapeau de cette union nationale qui reviendra sur les lèvres de tous les français lors des évènements dramatiques qui se déroulent le lendemain à Paris. Pendant ce temps, la droite, sure de ses chances refuse de songer à cette idée saugrenue … et pourtant …

3ème étape : la claque en demi teinte du 1er tour 

Jean-Pierre MASSERET
Jean-Pierre MASSERET

La carte du premier tour ne laisse aucun doute, le FN est en tête devant la droite et le PS est à la traine ne s’imposant que dans deux grandes régions, sur la côte Ouest Atlantique. Le résultat est tellement catastrophique que ni le Président de la République, ni le Premier ministre n’interviennent. Ils ne veulent en aucun cas voir leur image ou leur nom associés au résultat de ce premier tour.

Pourtant ils sont à la manœuvre et orchestrent le retrait des listes socialistes arrivées en 3ème position pour faire barrage au FN. Ce sacrifice n’est finalement pas si large que cela car il ne s’appliquera qu’à trois régions puis finalement deux du fait du refus de M. Masseret de se retirer face à Florian Philippot.  Pourtant le parti socialiste ne classait en troisième position que dans trois régions …  En Rhône Alpes Limousin, en Bourgogne – Franche-Comté, en Centre-Val de Loire et en Normandie, les listes socialistes sont arrivées en troisième position. Ainsi, si la majorité présidentielle voulait faire barrage au FN comme elle l’affirme, ce n’est pas dans 3 régions qu’elle aurait du retirer ses listes mais dans 7 régions sur les 12 que compte la métropole. Sept régions dans lesquelles les listes socialistes sont arrivées derrière le FN et Les Républicains-ex UMP. Mais voilà, le parti de la rue de Solférino n’a décidé de se retirer que dans les régions où il n’avait aucune chance de l’emporter et où la gauche dans sa globalité était devenue très largement minoritaire. Dans les autres, il compte sur l’effet “bloc de gauche” dont la droite s’est privée en fondant un parti puis des listes uniques …

4ème étape : l’effet “Bloc de gauche” et la réapparition de Manuel Valls au soir du second tour

Le Gouvernement a gagné la bataille de l’image. C’est la gauche qui se bat et se sacrifie pour faire barrage au FN. Ce qu’elle ne dit pas c’est quelle ne se sacrifie que là où elle n’a déjà plus grand chose à perdre … La droite incarnée par Nicolas Sarkozy reste figée sur sa position d’avant premier tour : aucun retrait, aucune fusion, même là où elle n’a déjà plus rien à perdre en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon. Quand on est obtus on passe vite pour un sale c*n et c’est ce qui arrive à Nicolas Sarkozy qui a ainsi renoncé officiellement au droit de réclamer le report des voix de gauche sur son nom au cas où il se retrouverait face à Marine Le Pen en 2017 … Alors que François Hollande pourra lui rappeler le retrait des listes en PACA et en NPCP  …

Le deuxième message du Parti socialiste s’adresse aux verts et au Front de gauche. L’échec lamentable de leurs listes à “gauche de la gauche” s’associe au fait qu’au niveau national les premières listes de gauche, celles du PS n’arrivent qu’en troisième position alors que le Bloc de gauche dans son ensemble est majoritaire. La leçon doit en être tirée pour 2017. Ce sont des candidatures isolées de gauche qui élimineront la gauche du second tour des présidentielles. Tous les électeurs en ont maintenant bien conscience et François Hollande peut espérer un vote utile au 1er tour en 2017 pour dépasser sur le fil le candidat de la droite.

Le troisième aspect de cet effet, c’est qu’au soir du second tour des élections régionales il est fort probable que la gauche soit “victorieuse”, le “premier parti en termes de régions” devant le FN et avec une droite explosée façon puzzle, confrontée à un véritable désastre électoral qui pourrait emporter Nicolas Sarkozy.

En effet quand on analyse le report prévisible des voix entre les deux tours, sans effet “grande coalition” efficace contre le FN,  la carte qui apparait est celle là :

prévisions t2
prévisions t2

On constate que la gauche devrait pouvoir s’imposer dans 6 à 8 régions métropolitaines contre 0 à 3 pour la droite et 3 à 4 pour le FN. Naturellement, si ces résultats devaient se réaliser, le succès serait énorme pour la majorité présidentielle et comme par magie, nous verrions réapparaitre le Premier ministre sur nos écrans.

En tout état de cause cela tend à démontrer que la politique, le discours et le positionnement de Nicolas Sarkozy est un échec total car il date de l’époque où le FN n’était pas installé dans le paysage politique. Il l’est aujourd’hui et singer son discours reste sans effet sur son électorat.

A gauche, la carte montre que dans un rapport “tripartite” la gauche reste majoritaire pour autant que son aile gauchisante et verdoyante veuille bien rentrer dans le rang.

Rendez vous dimanche pour voir si … la réalité rejoint la prévision !

En guise de cadeau, quels auraient été les résultats du 2nd tour (prévisions en fait) sans la réforme territoriale?

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