Le dernier combat d’Oscar Temaru

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Gadton Flosse et Oscar Temaru, les deux meilleurs ennemis
Gadton Flosse et Oscar Temaru, les deux meilleurs ennemis

Je vous ai souvent parlé de Gaston Flosse, honni par les uns, adulé par les autres, premier président de la Polynésie française en 1984, poste qu’il occupera à quatre reprises de 1984 à 1987, puis de 1991 à 2004, quelques mois en 2004 et en 2008 puis enfin de mai à septembre 2014, date à laquelle une condamnation définitive dans une affaire d’emplois fictifs met vraisemblablement fin à la carrière du vieux lion de 83 ans.

Flosse – Temaru le Yin et le Yang de la polynésie française

Pour autant, quand on parle de Gaston Flosse, leader d’un autonomisme au sein de la France et meilleur ami de Jacques Chirac, on ne peut écarter son pendant politique : Oscar Temaru, porte drapeau des indépendantistes et allié objectif de François Mitterrand. A eux deux et grâce à un combat politique qui durera un demi siècle, ils sont le Yin et le Yang de la Polynésie française !  En 2004, à 70 ans et après 28 ans passés dans l’opposition, grâce à une grave erreur stratégique de Flosse, Oscar Temaru prend le pouvoir. Dès lors Flosse entre dans une sorte de lutte à mort avec à peu près tout ce qui bouge dans la vie politique polynésienne. En l’espace de 8 ans il organise l’instabilité politique et institutionnelle de la collectivité en s’alliant tour à tour avec la droite, la gauche mais aussi avec les  indépendantistes et don meilleur ennemi, Temaru. Il perd élections sur élections mais parvient à chaque fois, au gré de  ses alliances souvent contre-natures à garder au moins un pied dans l’antre du pouvoir. C’est d’ailleurs ce dernier qui permet à Flosse d’être réélu au Sénat en 2008 mettant une véritable branlée électorale à l’UMP de Sarkozy qui espérait se débarrasser du vieux chiraquien.

La dernière tentation d'Oscar Temaru
La dernière tentation d’Oscar Temaru

Pendant cette période Oscar Temaru dirigera la Polynésie française à 5 reprises : de juin à octobre 2004, de mars 2005 à décembre 2006, de septembre 2007 à février 2008, de février à novembre 2009 et d’avril 2011 à mai 2013; alternativement seul ou allié à Flosse ou allié aux opposants de Flosse au sein de la droite. Ces périodes de présidence sont marquées par la crise économique et budgétaire, l’instabilité institutionnelles du pays et l’impréparation des indépendantistes au pouvoir. Temaru fait du cheminement vers l’indépendance le coeur de son action, de ses discours et de sa campagne électorale en 2013. Alors que les polynésiens ne intéressent finalement qu’aux questions économiques et sociales, Temaru enregistre son plus mauvais score aux élections avec 24 % au 1er tour contre 40 % aux listes de Flosse.

Flosse étant privé de tous ses mandats et mis à la retraite par ses héritiers, Temaru ne dispose plus de son épouvantail préféré. Pour autant, à 72 ans son ambition reste intacte : gagner les élections, devenir président de la Polynésie française et mettre la Polynésie sur le chemin de l’indépendance…

C’est le dimanche 3 janvier 2016 que le leader indépendantiste historique de la Polynésie française a lancé sa stratégie en vue des élections générales de 2018. Sachant qu’elles seront difficiles, il a cherché un moyen de se donner un avantage, une rampe de lancement électorale et il l’a trouvé …. les élections présidentielles françaises de mai 2017 !

Christiane Taubira et Oscar Temaru
Christiane Taubira et Oscar Temaru

Oscar Temaru a ainsi officiellement annoncé sa volonté de se présenter à l’élection présidentielle de 2017. Il explique qu’ « En 2017, ça va faire 40 ans de statut d’autonomie interne », « il faut tourner cette page ». Officiellement, cette candidature est pour lui, « une réelle volonté, une opportunité à saisir » pour faire valoir ce combat pour la décolonisation au niveau national et international. En obtenant en 2013 la réinscription de la Polynésie sur la liste onusienne des territoires à décoloniser, il amène son combat dans les huis clos diplomatiques de l’ONU. Mais aujourd’hui, il veut aller plus loin en l’amenant sur la scène sur-médiatisée des élections présidentielles.

Bien sur, il s’agit d’une candidature de témoignage et il se garde bien d’envisager un bon score au niveau national mais son objectif réel, c’est de « gagner les Présidentielles en Polynésie française grâce au soutien de notre population », toujours officiellement pour « soutenir le combat pour la décolonisation » et revendiquer la souveraineté polynésienne sur la gestion des ressources du territoire. Pour ce faire, hors de question de « mener une campagne partisane » bien au contraire le vieux grigou mise sur un réflexe patriotique tahitien en raflant la mise largement en Polynésie française comme l’avait fait en son temps une certaine Christiane Taubira. C’était en 2002. Taubira se présente au nom du Parti radical de gauche et obtient au niveau national un honorable 2,32 % que Lionel Jospin ne lui pardonna jamais … il fut éliminé avec 0,68 point de retard sur jean-Marie Le Pen. Par contre, dans son département d’origine et d’élection, la Guyane, Christiane Taubira a emporté 52,73 % des suffrages … un rêve pour le leader de la gauche polynésienne surtout à un an des élections territoriales de 2018 pour lesquelles ce serait une rampe de lancement plus qu’idéale … encore faudra t’il récolter 500 signatures … ce que la droite (nationale) pourrait favoriser pour grappiller quelques voix à François Hollande au 1er tour … il n’y a pas de petit gain en politique.

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