Présidentielles américaines : vous comprendrez tout aux primaires !

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Ted Cruz et Marc Rubio
Ted Cruz et Marc Rubio

Hier, en vous réveillant, vous avez probablement entendu sur votre radio préférée des annonces successives de vainqueurs différents de la toute première primaire en vue de l’élection présidentielle américaine de 2016, celle de l’Iowa.

Du côté républicain, le magnat de l’immobilier, adepte d’un populisme qui fleure bon le fascisme, Donald Trump a dû se contenter de la deuxième place (24,6 %), derrière le sénateur du Texas Ted Cruz (27,7 %). Marco Rubio arrive en troisième position avec un très bon résultat (23,1 %) qui lui promet de jouer un rôle significatif des les mois qui viennent. Côté démocrate, Bernie Sanders, qui en appelle à un socialisme américain a fait jeu égal avec Hillary Clinton. Les deux candidats se tiennent à quelques dixièmes de point seulement même si c’est finalement l’ancienne Secrétaire d’Etat qui l’emporte sur le fil…

Alors bien sur, nos médias nationaux se sont laissés aller à beaucoup d’excitation pour ce qui n’est que le premier rendez vous du plus grand spectacle politique au monde, l’élection présidentielle américaine qui s’étale en termes de votes du 1er février au 8 novembre 2016, pour une entrée en fonction du nouveau président le 20 janvier 2017.

Alors une primaire, comment ça marche ?

Comme l’élection du Président, la désignation du candidat se fait au suffrage universel indirect, ainsi, dans chaque État les électeurs votent pour des grands électeurs qui eux-mêmes désigneront symboliquement le candidat lors de la convention nationale de leur parti durant l’été lors des conventions. La convention du parti démocrate rassemble 4764 délégués et celle du parti républicain 2 472.

blue and red states
blue and red states

Chaque Etat dispose d’un nombre défini par le parti de délégués à envoyer à la convention nationale en fonction du poids démographique de chacun mais aussi de la «couleur» de l’État : les républicains favorisent les Etats qui disposent du plus grand nombre d’élus rouges (couleur du parti républicains) au détriment de ceux qui votent majoritairement bleu (couleur du parti démocrate), et les démocrates font l’inverse. Ainsi, le «blue state» New York envoie plus de délégués à la Convention démocrate que le «red state» Texas ; chez les républicains, c’est le contraire.

Autre subtilité, la distinction entre délégués “pledge delegates” et “unpledge delegates” que l’on pourrait traduire par délégués engagés et délégués non engagés. Au parti républicain, tous les délégués sont élus et s’engagent à voter pour le candidat sur le nom duquel ils ont été élus. Au parti démocrate c’est différents. Sur les 4 483 délégués, 3759 sont des “pledge delegates” ce qui signifie qu’ils sont élus et ont un mandat impératif comme au parti républicain. Les 724 autres sont des personnalités du parti démocrates qui siègent de droit à la convention nationale et sont libres de voter pour qui ils veulent. A ce jour, la moitié de ces délégués ont déjà annoncé leur soutien à Hillary Clinton ce qui représente à peu près une avance de 6 à
7 % sur son concurrent direct Bernie Sanders.

On distingue ensuite les scrutins ouverts, fermés ou semi-fermés. Lorsque le scrutin est fermé, cela signifie que seuls les électeurs qui se déclarent membres du parti peuvent voter. A contrario, si il est “ouvert”, les électeurs choisissent la primaire dans laquelle ils votent, mais ils ne pourront alors pas participer aux primaires de l’autre parti. Enfin, dans un scrutin “semi-ouvert” outre les membres du parti, les électeurs indépendants, c’est-à-dire qui n’ont pas déclaré leur affiliation à l’un des deux principaux partis, peuvent également voter, renonçant là encore à voter lors de la primaire concurrente.

iowa-caucusLa différence entre “primaire” et “caucus” : Le Caucus était la méthode la plus courante juqu’au début du XXème siècle et l’introduction de la méthode de la primaire. Désormais, dans la plupart des cas, ces scrutins sont des “primaires” c’est à dire que les électeurs votent pour leurs délégués à bulletin secret. Mais 14 États (comme l’Iowa) préfèrent organiser un Caucus. La différence entre les deux scrutin est relativement simple : dans le premier cas on va dans un bureau de vote et on glisse un bulletin dans une urne. Dans le second on vote avec ses pieds !

Les électeurs se réunissent en soirée dans des centaines de gymnases ou écoles ; ils se répartissent dans la salle en fonction de leurs affinités. Le coin Clinton face au coin Sanders etc… Le capitaine de Caucus lance le vote: Il compte le nombre de personnes dans chaque coin. Chez les Républicains, ça s’arrête au premier tour. Les démocrates ont pour leur part un sens plus aiguisé du suspens et des retournements de situation. Les candidats qui récoltent le moins de voix sont hors course pour le tour suivant. Au second tour les candidats encore en lice (ou leurs représentants) vont à la pêche aux voix pour faire venir, à coups de promesses, souvenirs d’enfance ou de gâteaux, ceux qui avaient voté au 1er tour pour un candidat éliminé. Les électeurs se déplacent alors dans le coin de leur second choix. Et ainsi de suite. C’est une procédure qui a lancé la campagne d’Obama en 2008 au détriment d’Hillary Clinton partie en tête et qui finit dans l’Iowa en 2008 à la 3ème place…

Le calendrier

Le tournant de la campagne aura lieu cette année le 1er mars lors du “super Tuesday”. Ce sont 12 états plus les américains vivant à l’étranger qui votent le même jour pour un total de 1 017 délégués démocrates  et 565 chez les républicains. Le processus de désignation se poursuit jusqu’en juin même si, sauf cas exceptionnel comme au sein du parti démocrate en 2008, le vainqueur est déjà connu et peut entamer bien avant la convention nationale sa campagne contre le président sortant.

Le résultat de l’Iowa est il significatif ?

Non il ne l’est pas tout d’abord parce que l’Iowa est un petit État qui ne rassemble que 1,2 % des délégués démocrates soit deux fois moins que la Géorgie ou le Massachusetts. Pour les Républicains, c’est moins de 1 % …

Mike Huckabee, roi d'un jour en Iowa en 2008 et explosé en 2016
Mike Huckabee, roi d’un jour en Iowa en 2008 et explosé en 2016

Oui, afin d’éliminer les chevaux déjà fatigués : En 2012, il n’y avais pas de primaire démocrate mais du côté des républicains c’était bien Mitt Romney qui l’emportait mais avec seulement huit voix d’avance. C’était néanmoins une revanche sur 2008 quand sa défaite contre son rival ultra-conservateur Mike Huckabee avait signé la fin de sa campagne…. Car c’est exactement ce à quoi sert la première primaire : faire abandonner ceux qui n’ont plus aucune chance et qui n’ont pas le tempérament de s’accrocher. Cette année, l’Iowa aura achevé Martin O’Malley , le troisième candidat démocrate ne laissant que Clinton et Sanders en face à face. Du côté républicain c’est Mike Huckabee qui a mis fin à sa campagne … en attendant Jeb Bush  qui n’a obtenu qu’un seul délégué en Iowa avec 2,8 % des voix, arrivant à la sixième place,malgré les presque 15 millions de $ investis dans la campagne pour ce seul Etat … Il ne reste qu’un espoir à la famille Bush, celui qu’il obtienne au moins 10 % des voix à la primaire du New Hampshire, le 9 février. 10 % c’est le seuil à atteindre pour obtenir des délégués. S’il n’y parvient pas, il devra probablement se retiré.

Bill Clinton et celle qui n'est alors que son épouse au lendemain de la claque électorale en Iowa
Bill Clinton et celle qui n’est alors que son épouse au lendemain de la claque électorale en Iowa

Non, une défaite en Iowa n’indique pas une défaite à l’investiture et vice versa …en 2008, Mike Huckabee avait gagné l’Iowa mais c’est John McCain, malgré ses 13% récoltés dans le petit État, qui avait finalement défié Barack Obama sous les couleurs du Parti républicain. Ainsi, depuis 1976 et les deux partis confondus, 10 candidats sur 16 ont à la fois gagné le caucus de l’Iowa et l’investiture finale. Une majorité, certes, mais pas une règle mathématique. Prenez Bill Clinton en 1992 il n’avait obtenu que 3% des voix, loin derrière Tom Harkin (76%) et même derrière Paul Tsongas (4%)… Pourtant il emporta l’investiture et la présidentielle …

Bref ce n’est que le début d’une longue et passionnante course à l’investiture et au pouvoir suprême …

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