J’ai rencontré le capitaine Corcoran

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ldi2842p-enf-corcoranC’est la hantise de tous les écrivains à succès … l’oubli. Le plus esthète de tous en a fait une obsession. Il s’agit de Jean d’Ormesson qui se lamente oeuvre après oeuvre, lui l’académicien couvert de gloires littéraires «On ne sait si on est un grand écrivain, seulement 20 ou 30 ans après la mort. Les choses s’évanouissent très vite et c’est incroyable à quel point un artiste peut être oublié avec beaucoup de gloire»…

C’est probablement ce qui arrivé à Alfred Assollant qui meurt à 56 ans en 1886 dans un effroyable anonymat. Assollant c’est cet écrivain farouchement républicain mais pas assez significatif pour que le gouvernement de Napoléon III daigne l’emprisonner ou l’envoyer sur quelque île lointaine. Il aime l’épique, le récit, l’aventure sur ces frontières merveilleuses de l’Asie. Il reste finalement comme un Alexandre Dumas nain qui lance ses héros sur les chemins du monde plutôt que de les emprisonner dans l’histoire de France.

Assollant reprend le flambeau du roman d’aventures à la française en accentuant le ton qui lui est si particulier. Un ton gouailleur et parisien qui participe grandement aux préjugés internationaux sur les français : prétentieux, assurés de leur supériorité, insupportables beaux parleurs … en un mot parisiens ! Si vous aimez Dumas, Verne ou Leroux alors … vous aimerez Assollant et son héros, le capitaine Corcoran qui après avoir expliqué à une académie des sciences de Lyon terrifiée comment il fit d’un tigre sa meilleure amie et plus fidèle alliée partira sur les chemins de l’Inde à la recherche d’un précieux document. Sur la route, il sera le fidèle allié d’un maharadja afin de botter le plus de fesses britanniques dans la plus grande tradition historique française.

Comme pour Dumas, son récit comble les regards enfantins et masque l’engagement politique qui transparaît de chaque ligne pour les regards avertis. Un engagement qui finit par lasser ses contemporains car Assollant n’est pas Hugo. De toutes ses tentatives littéraires et politiques, une seule empêchera l’auteur de s’abandonner à un abyssal oubli : Les aventures merveilleuses et authentiques du capitaine Corcoran. C’est aussi le seul ouvrage qui n’est pas citer dans la grande encyclopédie Larousse de la fin du XIXème siècle et pour cause … Elle s’ouvre sur un tableau merveilleux de nos doctes intellectuels : “Ce jour là, le 29 septembre 1856, vers trois heures de l’après midi, l’Académie des sciences de Lyon était en séance et dormait unanimement. Il faut dire, pour l’excuse de messieurs les académiciens, qu’on leur lisait depuis midi le Résumé succinct des travaux du célèbre docteur Maurice Schwartz, de Schwartzhausen, sur l’empreinte que laisse dans la poussière, la patte gauche d’une araignée qui n’a pas déjeuné“…

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