Le mètre de Barcelone

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Célébration catalane du système métrique
Célébration catalane du système métrique

Il y a des choses dans la vie qui sonnent comme des évidences, des choses qui sont tellement intégrées à notre mode de vie, à notre vision du monde qu’il ne vient pas l’esprit du commun des mortels comme votre serviteur de les interroger. C’est une de ces choses que j’ai rencontré au gré de mes pérégrinations barcelonaises … un mètre !

Un mètre … pas un outil ni une énième malencontreuse erreur orthographique mais juste et simplement la distance entre deux points, cette distance où s’entassent une centaine de centimètres tout autour de votre auguste personne … un mètre !

Pour la faire courte, c’est au terme d’une longue marche au travers des chemins sinueux de la colline de Montjuic menant à la citadelle du même nom que je suis retrouvé face à ce mètre … Enfin la longue marche, je dois l’avouer fut évitée grâce au téléphérique onéreusement mis à disposition par la mairie catalane. Et pour ce qui est de la rencontre avec mon fameux mètre elle ne fut rendue possible que par le retard de mon expédition vers la citadelle à laquelle nous ne sommes parvenus qu’à l’heure exacte où ses portes se fermaient au public. Bref nous nous trouvâmes fort dépourvus … et nous lançâmes dans un tour des jardins aux pieds des murs menaçant de  cette ancienne prison nous refusant ses charmes. Au détour d’une volée de marches, je me retrouve nez à nez avec un étrange monument vieillissant et son petit panneau explicatif en espagnol, catalan et anglais : “commémoration franco-catalane du bicentenaire du mètre” … Notre unité de mesure a donc une date de naissance !

Je n’ai pas résisté … mais c’est quoi cette histoire d’invention du système métrique sous entendant malicieusement qu’un mètre ne fut pas toujours un mètre … C’est grâce à wikipédia que j’en appris davantage … Au 17ème siècle commence la quête d’un système d’unités universelles (c’est-à-dire fondées sur des phénomènes physiques reproductibles). N’ayant rien de mieux à faire sur son île battue par la pluie, c’est ce bon vieux british John Wilkins qui définit une longueur puis un volume universels et enfin une masse universelle… Cherchant à préciser le travail des anglais, le savant italien Tito Livio Burattini renomme la mesure universelle de John Wilkins en « mètre » (metro cattolico) et fixe ce dernier à une longueur de 993,9 mm fondée sur le mouvement d’un pendule.

En France, la Révolution des Lumières n’a pas encore commencé à couper des têtes et s’arrête donc sur ce sujet passionnant en 1790. Talleyrand, soutenu par Condorcet fait voter par l’Assemblée (chez nous le politique prime toujours sur les choses de l’esprit) le vœu de création d’un système de mesure stable, uniforme et simple. Le problème avec la mesure de Burattini c’est que la longueur du pendule battant la seconde n’est pas la même selon l’endroit où l’on se trouve, en raison de la différence de gravité selon la distance avec l’équateur… Inconstance du caractère Latin ! C’est finalement la dix-millionième partie d’un quart de méridien qui est choisie provisoirement en 1793. Deux savants sont chargés d’effectuer les mesures nécessaires, Delambre et Méchain, lesquels vont, durant sept ans, mesurer la distance entre Dunkerque et  …. Barcelone ! Nous y voilà …

Je vais vous passer les allers et retours propre à la politique française, notamment de cette éqoque, mais retenons ensemble que c’est ainsi qu’est créé le système métrique décimal qui a pour avantage non négligeable de convertir aisément les unités puisque, désormais, pour passer d’une unité à ses multiples (et sous-multiples), il suffit de déplacer la virgule.

Introduit par la loi du 1er vendémiaire an IV (), le système métrique est rendu obligatoire en France à l’occasion de son cinquième anniversaire par l’arrêté du 13 brumaire an IX (). Ce qui est a posteriori “amusant” c’est de constater que notre pays et l’âme revêche de ses habitants n’a pas beaucoup évolué ces 200 dernières années. Le moindre changement, surtout quand il vise la simplification est en fait vu et ressenti comme une énième agression administrative visant à effacer tout ce que l’on aime et qui marche si mal mais qui fait notre quotidien. L’extrait des mémoires de Napoléon sur la question du système métrique est à ce titre exemplaire … savourez ces quelques lignes que M. Macron pourrait écrire dans quelques années repensant à ses micro réformes si tapageuses :

« Le besoin de l’uniformité des poids et mesures a été senti dans tous les siècles ; plusieurs fois les états généraux l’ont signalé […] La loi en cette matière était si simple, qu’elle pouvait être rédigée dans vingt-quatre heures […] Il fallait rendre commune dans toutes les provinces l’unité des poids et mesures de la ville de Paris […] Les géomètres, les algébristes, furent consultés dans une question qui n’était que du ressort de l’administration. Ils pensèrent que l’unité des poids et mesures devait être déduite d’un ordre naturel, afin qu’elle fut adoptée par toutes les nations […] Dès ce moment on décréta une nouvelle unité de poids et mesures qui ne cadra ni avec les règlements de l’administration publique, ni avec les tables de dimensions de tous les arts […] Il n’y avait pas d’avantage à ce que ce système s’étendît à tout l’univers ; cela était d’ailleurs impossible : l’esprit national des Anglais et des Allemands s’y fût opposé […] Cependant on sacrifiait à des abstractions et à de vaines espérances le bien des générations présentes […] Les savants conçurent une autre idée tout à fait étrangère au bienfait de l’unité de poids et de mesures ; ils y adaptèrent la numération décimale […] ils supprimèrent tous les nombres complexes. Rien n’est plus contraire à l’organisation de l’esprit, de la mémoire et de l’imagination […] Enfin, ils se servirent de racines grecques, ce qui augmenta les difficultés ; ces dénominations, qui pouvaient être utiles pour les savants, n’étaient pas bonnes pour le peuple […] C’est tourmenter le peuple pour des vétilles !!! »

Ces vaines vétilles, imposées par un arrêté signé par Napoléon quelques années plus tôt et qu’il juge désormais non exportables en dehors des frontières administratives françaises … c’est le système métrique qui, 200 ans plus tard s’applique partout sauf dans quelques anciennes colonies britanniques … point sur lequel Napoléon avait raison, les anglais sont le peuple le plus obtus de la planète !

Date d'adoption du système métrique obligatoire
Date d’adoption du système métrique obligatoire

 

 

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