La société pervertie II : Alain Juppé et la comm de Guénolé

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Thomas Guénolé
Thomas Guénolé

première partie : En vrac mais pas par hasard, la société pervertie 1

Les jours se suivent et se ressemblent, la monotonie s’empare de l’esprit public quand scandale après scandale, débat après débat, finalement, las de tout, on finit par désespérer d’une société qui part en vrille, portée par l’ineptie, la bêtise et l’incurie morale de son élite politique, économique et médiatique.

Le temps me manque pour écrire et pourtant, chaque jour, l’actualité me donne de quoi noircir des pages de ce cahier de mes colères, agacements et frustrations.

Après un regard sur les Panama Papers, ce dont j’aurais pu parler, c’est d’Alain Juppé, le super favori de l’élection présidentielle, chouchouté par l’ensemble des médias et qui sera probablement pendu en place publique dans quelques mois. On trouve déjà quelques “journalistes” suffisamment “indépendants” pour se lancer sur les traces de ce que fut Juppé dans nos mémoires fatiguées. Sur les traces de tout ce qu’il voudrait voir disparaître dans les limbes de l’histoire politique. Je ne retiendrai qu’un de ces “articles indépendants”… celui de Thomas Guénolé publié sur Slate : “Oui, Alain Juppé a changé: il est pire qu’avant” … L’auteur est clairement un journaliste indépendant ! En effet, il se présente ainsi “politologue et maître de conférences en science politique à Sciences Po. Cofondateur du cabinet de conseil politique VOX POLITICA. Chroniqueur politique sur RMC (chronique «Guénolé c’est du concret»). Essayiste, notamment auteur de l’essai Les jeunes de banlieue mangent-ils les enfants?” 

Thomas Guénolé, le miroir d’un journalisme intellectuellement corrompu

L’homme est un conseiller en communication auprès d’anciens ministres et parlementaires et a pour obsessions : le FN c’est du pétainisme, Sarkozy : le retour impossible, les jeunes de banlieues sont des vrais gentils face à une société très méchante, il faut déchristianiser la société, Zemmour et le FN : c’est à cause des médias d’information s’ils montent, et ainsi de suite … Quand on voit par qui sont formés les jeunes de Sciences-po on comprend mieux pourquoi nos dirigeants sont désormais exclusivement tournés vers la forme au détriment du fond … bref le pseudo journaliste qui dénonce du côté face à chaque article les affres de la communication, en a fait côté pile son gagne pain. Il a même poussé le vice jusqu’à créer le grand prix du mensonge en politique, lui, le conseiller en communication de ces mêmes politiques …et plus particulièrement d’Arnaud Montebourg … no comment !

Revenons en à l’article sur Alain Juppé, Guénolé écrit :

Juppé cherche à minimiser son passé clientéliste et népotiste : Alors là bien sur on revient sur la condamnation de Juppé pour 7 emplois fictifs à la Mairie de Paris. Guénolé étant toujours un journaliste très exact il résume la condamnation pour 7 emplois fictifs par une phrase géniale en termes de comm : “il a pris une part active à un système illégal visant à financer des emplois au RPR “. Un “système illégal” diantre ! Il ne précise par ailleurs pas que 2 ans plus tôt Robert Hue dans l’affaire du financement présumé du PCF avait lui été relaxé et que Pierre Méhaignerie, Jacques Barrot et Bernard Bosson, condamnés pour financement illégal de leur parti, avaient bénéficié de la loi d’amnistie du 3 août 1995… Juppé lui paye la dette…

Le plus beau peut être en termes de manipulation des citations c’est quand il reprend les termes du jugement très “à charge” de la cour d’appel contre l’ancien Premier ministre je cite :

Il est regrettable qu’au moment où le législateur prenait conscience de la nécessité de mettre fin à des pratiques délictueuses qui existaient à l’occasion du financement des partis politiques, M. Juppé n’ait pas appliqué à son propre parti les règles qu’il avait votées au parlement. Il est également regrettable que M. Juppé, dont les qualités intellectuelles sont unanimement reconnues, n’ait pas cru devoir assumer devant la justice l’ensemble de ses responsabilités pénales et ait maintenu la négation de faits avérés.” La citation utilisée par Guénolé dans son article s’arrête là et oublie la phrase suivante du jugement : “Toutefois, M. Juppé s’est consacré pendant de nombreuses années au service de l’État, n’a tiré aucun enrichissement personnel de ces infractions commises au bénéfice de l’ensemble des membres de son parti, dont il ne doit pas être le bouc émissaire.

En fait Guénolé parle de cette phrase mais inverse l’ordre pour la retourner contre Juppé. Il explique :

«Alain-Juppé-a-payé-pour-Chirac»: c’est un refrain bien connu. L’intéressé cherche lui-même à accréditer cette légende de l’exécutant désintéressé. Pour ce faire, il répète à l’envi que dans son jugement de 2004, la cour d’appel de Versailles souligne qu’il «n’a tiré aucun enrichissement personnel de ces infractions».

C’est vrai, mais c’est avoir la mémoire sélective à double titre: et c’est là qu’intervient le mensonge.

D’une part, Alain Juppé fait semblant d’oublier que les juges ne se sont pas contentés de souligner son absence d’enrichissement personnel. Il escamote opportunément cet autre passage de l’arrêt de la cour d’appel qui insiste sur sa duplicité, son immoralité politique et son obstination à mentir répétitivement à la justice:

Nous l’avons vu, la soi disant “légende” est en fait un point essentiel du jugement de la cour d’appel, et Guénolé qui ose parler de “mensonge” et d’escamotage ne peut en l’état que qualifier la manière dont il inverse les phrases du juge pour mieux les faire coller à sa propre démonstration.

Au cas où le procédé ne serait pas suffisant il tente de lui balancer cette condamnation au visage : Népotisme et clientélisme … Tout ce dont les français ne veulent plus !  Pour ce faire il ressort les affaires des appartements parisiens d’Alain Juppé et de son fils… des affaires de 1993, sorties dans la presse par un avocat qui alors juraient la main sur le coeur que tout cela n’avait rien de politique et que lui en tout cas n’en ferait jamais … de la politique : Arnaud Montebourg, client de Guénolé dans son cabinet de conseil en communication … politique !

Les appartements en question, la famille Juppé les a quittés en 1995 (il y a 21 ans). La plainte déposée par le jeune avocat tout autant “indépendant” que Thomas Guénolé avait été classée “sans suite” …

Le second point mis en exergue par Guénolé dans son réquisitoire est plus intéressant : Juppé se serait radicalisé sur l’économie…

juppé et chirac 1990
juppé et chirac 1990

l’allure générale d’un grand-père affectueux et plein de sagesse…. […] c’est donc l’opposé de l’image sèche, cassante, autoritaire et sans empathie qui prévalait d’Alain Juppé lorsqu’il était Premier ministre de Jacques Chirac. Or, cette image d’un Alain Juppé cuvée 2016 bienveillant, modéré, est fausse à double titre.”

Juppé jouerait donc sur la posture bienveillante qu’on lui prête … c’est assurément vrai et pour cela, il a un modèle tout trouvé : Jacques Chirac ! L’homme politique le plus “sympathique” de France, élu en 1995 sur fond de petites blagues et d’un slogan effarant : “mangez des pommes” fut lui aussi le plus détesté de France, notamment quand il occupa (à deux reprises) Matignon. Jouer sur les apparences, transformer un défaut structurel (l’âge) en bénéfice conjoncturel (un grand père c’est sympa) c’est un peu la base de la communication politique et cette dénonciation rédigée par un “conseiller en communication politique” c’est un peu le Balkany multi condamné qui dénonce les oublis fiscaux de Thévenoud à la tribune de l’Assemblée nationale (du foutage de gueule).

La suite de l’article est à pleurer … Juppé est pire qu’avant car … “il conserve les mêmes priorités de réforme que du temps de 1995.” Bref il est comme avant et non pire ?! Et bien non car comme l’atteste notre Sherlock Holmes de RMC “D’autre part, non seulement Alain Juppé a conservé ses priorités politiques mais en fait, il s’est même radicalisé. Deux indices clairs en attestent.” … J’ai hâte de découvrir les indices !

indice n°1 : “parmi les rares sources d’idées dont il se réclame publiquement se trouve le livre La France est prête: nous avons déjà changé de l’essayiste Robin Rivaton. Or, la thèse centrale de ce livre est la suivante: la population française serait collectivement demandeuse d’une transformation radicale du pays dans le sens du libéralisme économique.” Tout d’abord, le jeune oligarque de 30 ans est en fait une source d’inspiration pour toute la droite. Il a été reçu par Nicolas Sarkozy, voit « régulièrement » Xavier Bertrand, a rencontré François Fillon et Alain Juppé. La différence c’est qu’en effet, le maire de Bordeaux ne tarit pas d’éloge sur le jeune auteur qu’il présente comme “l’anti Zemmour” qui présente à la France une vision optimiste, positive et moderne d’elle même.

Alain Juppé serait ainsi devenu un suppôt du libéralisme ? voire du libéralisme “Thatchérien”, insulte suprême de la gauche? Mais cher Thomas Guénolé, Alain Juppé a toujours été un libéral ! Il a même été le porte voix du libéralisme auprès de Chirac ce qui a marqué son opposition frontale et permanente avec Philippe Seguin ! Ardent défenseur de la réduction des dépenses publiques, Alain Juppé a porté les réformes économiques libérales en tant que ministre du budget de Chirac entre 1986 et 1988 :  il supervise alors une baisse généralisée de la fiscalité avec surtout la suppression de l’impôt sur les grandes fortunes par la loi de finance rectificative pour 1986 du 16 avril de cette année, suivie dans les budgets 1987 et 1988 par le relèvement du seuil d’exonération de l’impôt sur le revenu, l’abaissement des différents taux de TVA, la réduction du taux de l’impôt sur les sociétés de 50 à 42 %, l’abolition de la taxe sur les frais généraux et la mise au point d’une fiscalité de groupe pour les entreprises. (il suffit de lire sa page wikipédia pour le savoir)…

On en vient au second “indice”Alain Juppé a annoncé que s’il est élu président de la République, la masse de nos dépenses publiques annuelles sera amputée de 150 milliards d’euros durant son quinquennat. Or, ces dépenses s’élèvent, si l’on prend les chiffres de l’année 2014, à 1.185 milliards d’euros toutes administrations confondues. En d’autres termes, Alain Juppé prévoit d’amputer nos dépenses publiques de 12%. O Mon Dieu ! Alain Juppé serait il de droite ?!

La baisse de la dépense publique, encore et toujours, c’est la base de la base de n’importe quel programme de … droite ! Le chiffre de 150 milliards annoncé par l’auteur est portant fantasmagorique. Sur le site du candidat on trouve seulement cette annonce : En 2017, François Hollande léguera à la France 450 milliards d’euros de déficits cumulés, ajoutant sa pierre à l’accumulation d’une dette qui dépasse 2 000 milliardsIl nous faudra ainsi agir, dès 2017, pour engager une baisse rapide, significative et durable de la dépense publique, qui permettra de combler nos déficits puis de réduire les prélèvements obligatoires qui pèsent sur les entreprises et les ménages. Agir sur la dépense, c’est d’abord se fixer un objectif : ramener son poids de 57% du PIB aujourd’hui à 50% environ en 2022. 

Les Echos ou le Figaro, qui ne sont pas connus pour leurs accointances socialistes parlent d’une baisse des dépenses publiques de 100 miliards concernant le programme Juppé (pas 150 !)… Est il extrémiste sur le sujet ? A titre de comparaison François Fillon propose une réduction de 110 milliards d’euros sur la même période. Bruno Le maire et NKM sont sur 100 milliards comme Juppé, Morano à 70 milliards, Mariton qui n’a peur de rien annonce 130 milliards… Bref chiffres erronés et jugements idéologiques, là encore du grand art journalistique.

 Alain Juppé se serait converti aux thèses sécuritaires

Pasqua et Juppé
Pasqua et Juppé

cette croyance en un Alain Juppé modéré par contraste avec un Nicolas Sarkozy lepénisé est infondée. Si l’on s’intéresse au livre Pour un Etat fort qu’il a récemment publié, l’on y constate en effet sa conversion explicite à plusieurs propositions-clés de la droite sécuritaire.” Là encore au risque de déplaire à Guénolé qui au fil de la lecture n’est plus que l’ombre d’un Mélenchon des mauvais jours Alain Juppé est et reste un homme de droite ! ET la droite, c’est dingue, ça croit en la politique sécuritaire ! Il suffit de relire les programmes de Chirac dans les années 80 et 90 en grande partie rédigés par Alain Juppé ! Il n’y a pas de “droite sécuritaire” la droite est par essence “sécuritaire”. Elle croit à la force de la sanction a contrario de la gauche qui ne croit pas en la sanction mais en la rédemption. C’est le coeur de la différence droite-gauche. Les premiers pensent que les prisons protègent les citoyens en sanctionnant les autres espèrent qu’elle protège le peuple en éduquant… Les centristes essayent tant bien que mal de faire coexister les deux objectifs.

Ne faire qu’un mandat encouragerait Juppé à la radicalité

Je suppose que Guénolé s’était engagé auprès de Slate a faire un article “long” sinon on aurait de la peine à croire qu’un professeur à Sciences po puisse écrire une bêtise aussi manifeste. Ce que l’auteur appelle “radicalité” c’est ce que nous autres électeurs appelons de nos vœux les plus chers … un homme politique qui ne se soucierait pas des sondages en vue de sa réélection mais seulement d’appliquer la politique pour laquelle il aura été élu … cela s’appelle “la démocratie” ou la “république” … deux notions qui semblent donner tant d’aigreur à l’estomac fragile d’une gauche idéologue en déroute … Cher Guénolé, vous le spécialiste de la com des ex ministres et parlementaires de gauche … je ne doute pas de la croissance assurée de votre activité, 2017 devant vous fournir nombre d’ex machins choses de gauche à coacher !

Cela vous réconfortera après avoir été viré de RMC en novembre 2015. Votre patron disait alors de vous : “J’étais de plus en plus souvent en désaccord avec sa chronique. Lorsque Thomas Guénolé a été engagé, il devait nous faire part des solutions concrètes liées à une question de société ou à l’économie. Il a dévié au fur et à mesure. De plus en plus souvent, il nous donnait son propre point de vue. Au lendemain des attentats par exemple, il a présenté ses condoléances à l’antenne, ce n’est pas son rôle. Cette chronique du 17 novembre – que je n’ai pas validée – a été la goutte d’eau. On n’en était qu’au début de l’enquête, ses conclusions étaient pour le moins hâtives. Il a fait preuve d’irresponsabilité. Il a repris des articles de presse sans aucune plus-value, c’est pourquoi j’ai mis un terme à sa collaboration.” Le journalisme est un métier parait-il …

 la suite : La société pervertie III : La France de François Hollande

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