La société pervertie III : La France de François Hollande

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première partie : En vrac mais pas par hasard, la société pervertie 1

deuxième partie : La société pervertie II : Alain Juppé et la comm de Guénolé

J’ai appartenu à ces quelques français qui, un soir d’avril, ont passé des minutes insondables à écouter le Président de la République expliquer que si la France n’allait pas bien, elle allait mieux en 2015 qu’en 2012. J’ai écouté, comme vous, abasourdi par l’aveuglement d’un homme déconnecté des réalités de la France depuis bien longtemps, probablement bien avant qu’il n’accède, on ne sait par quel miracle, aux plus hautes fonctions de l’Etat.
François Hollande dans le costume de Louis XVI
François Hollande dans le costume de Louis XVI

J’ai écouté et mon esprit à vagabonder vers un livre dont je vous reparlerai bientôt, la suite de récits des “grands duels qui ont fait la France” dirigé par Alexis Brézet et Jean-Christophe Buisson. J’ai songé au combat qui avait opposé Necker à Turgot dans une période ainsi contée par Ghislain de Diesbach :

A l’avènement de Louis XVI en 1774, la France est en principe une monarchie de droit divin, mais en réalité une mosaïque de petites républiques farouchement indépendantes et jalouses de leurs privilèges exorbitants, conquis lentement au cours des siècles ou arrachés à la faiblesse du monarque. A côté du Parlement, qui s’était jusque là érigé en censeur du pouvoir royal, il existe une multitude de communauté allant de la Ferme générale, collectrice des impôts, aux jurandes regroupant la plupart des métiers, jurandes qui s’épient, se dénoncent et gaspillent beaucoup d’argent en chamailleries et procès, sans parler des offices, dont la vénalité constitue un scandale, et du gaspillage de la Maison du Roi comme de celui de la Cour, véritable système d’assistanat permettant à autant de courtisans que de valets de vivre au dépens du pays. Ainsi que l’écrira Mme de Staël : “Le rêve de tout français est d’être pensionné par l’Etat.”

Le déficit chronique du Trésor n’est pas seulement dû à des charges excessives, mais aussi à l’anarchie du système fiscal devenu lui même un abus parmi tant d’autres. Dans un pays où tout est privilège et où l’exception devient vite héréditaire, dans une nation où il est plus glorieux de devoir sa place à la faveur qu’au mérite, dans une ville où tout ce qui parait imposé par le pouvoir suscite une opposition de principe, le réformateur le mieux attentionné peut s’attendre à voir se liguer contre lui tout ceux dont il entend supprimer les emplois inutiles, rogner les bénéfices ou réduire les pensions. […]

Cependant, chacun sent que le système est à bout de souffle et réclame des réformes, à condition d’être soi-même épargné. Dans les académies provinciales comme dans les entresols de Versailles ou les cafés parisiens, les esprits s’échauffent et discutent à perte de vue, parlant d’autant mieux d’agriculture et de moissons, de bétail et de paysans, qu’ils n’en ont jamais vu, ou si peu. Ils connaissent la nature et les saison par les poèmes de l’abbé Delille, le commerce et l’industrie par des auteurs anglais, tel Adam Smith, d’autant plus réputés qu’ils ne sont pas français.

Ce fut le malheur de Turgot comme de Necker d’avoir été choisis pour mener à bien un plan de réformes urgentes et de ne pas avoir été soutenus par le roi, en dépit de ses promesses. […] Se défiant de lui-même, Louis XVI se défiait des autres et avait la naïveté de vouloir être aimé en faisant le bonheur de son peuple qu’il ne connaissait qu’à travers les écrits de Fénelon.”

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