De l’Europe à l’Eurovision : la corruption (1)

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corruption-europeL’Europe, ce fantasme pour générations d’après-guerre ou plutôt d’après guerres, ne fait plus rêver. C’est le moins que je puisse écrire en ces jours où chaque débat, chaque scrutin met en exergue ce sentiment de rejet farouche de ce grand ensemble institutionnel faible, lourd et inconsistant qu’est l’Union européenne. Par manque de rêve, de projet ou même de démocratie c’est l’Europe elle même qui est devenue l’homme malade de la planète, elle qui fut le monde et observait, en se pourléchant les babines, son propre “homme malade”, l’Empire Austro hongrois, déjà mosaïque de peuples et de religions sans rêve, sans projet ni bien sur d’ambition démocratique.

D’un rêve, on a fait une construction intellectuelle et administrative. On a construit une maison commune, non pas celle des peuples mais celle des multi nationales qui y ont importé si facilement la culture de la corruption et du déni démocratique. Parlement, Conseil, Commission … les trois piliers d’un édifice qui symbolise de plus en plus la dictature invisible d’un petit nombre sur les masses populaires. Il ne s’agit pas d’aveuglement ni d’incompétence mais j’en suis de plus en plus convaincu, d’une volonté assumée de donner un vernis démocratique à la négation même de la démocratie. Prenez les négociations du Tafta,  Lora Verheecke, chargée de recherche pour Corporate Europe Observatory (CEO) dénonce non pas seulement l’influence du secteur privé sur ces négociations et notamment le chapitre sur la coopération réglementaire qui chapeaute l’ensemble du Tafta, mais surtout le fait qu’en Europe ce sont carrément les acteurs privés qui tiennent la plume. Ainsi, un article, intitulé « pétition », permet à une personne « intéressée » de proposer une nouvelle loi, un amendement à une proposition de loi, voire de demander l’annulation d’un projet de loi nationale. En d’autres termes, il offre la possibilité à une entreprise d’influer directement sur un texte législatif, avant même que le Parlement ne soit sollicité. Cet article spécifique répond à une demande formulée par le lobby “Business Europe” qui sollicitait le droit de coécrire les lois…

Ce n’est qu’un exemple parmi des milliers comme l’influence du lobby des industries du tabac … il y a d’abord eu la laborieuse adoption de la Directive tabac, en 2013 et 2014, et le scandale du Dalli-gate, du nom du Commissaire à la Santé de l’époque, John Dalli, poussé à la démission après une entreprise de déstabilisation orchestrée par l’industrie du tabac. Mais le plus beau c’est en 2010, quand la Commission européenne et son agence de lutte anti-fraude, l’OLAF, ont conclu plusieurs accords avec quatre grands fabricants, obligeant notamment ces derniers à financer la lutte contre la contrefaçon et les trafics. Des accords de dupes en réalité, puisque sous couvert de ces textes, on place indirectement l’industrie du tabac en position d’influencer et de façonner elle-même la politique anti-fraude. Gilles Pargneaux, Député européen raconte que les fabricants produiraient une quantité de cigarettes trop élevée (qui représenterait dans certains pays 240% de la demande du marché) pour être écoulées uniquement de façon légale. Ces produits trouveraient alors leur chemin vers le marché noir. Les fabricants seraient ainsi responsables de 25% de la contrebande de cigarettes. Le commerce illicite fait ainsi partie de la stratégie commerciale de l’industrie du tabac et représente des pertes fiscales évaluées à 12 milliards par an pour l’Union Européenne…

Mais qu’importe pour l’Europe … prenez par exemple le système de suivi et de traçabilité des paquets, qui doit être mis en place en vertu des dispositions de la Directive tabac. Plusieurs entreprises indépendantes ont fait des offres de service à la Commission en la matière. Pourtant, fin 2015, l’OLAF s’est prononcé explicitement en faveur du système Codentify, mis en place, utilisé et défendu par les producteurs de tabac eux-mêmes! Une façon pour ces derniers de garder la haute-main sur le juteux business de la contrebande qu’ils alimentent eux mêmes…

Bref, l’Europe s’est vendue au plus offrant, a trahi les rêves des populations ; elle a vendu la démocratie constituant une technostructure envahissante sur le modèle soviétique mais sans la dictature apparente. L’URSS proposait un système de démocratie apparente, l’Europe celui d’une démocratie détournée.

A suivre : De l’Europe à l’Eurovision : l’Europe est sexy (2)

 

 

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