De la démocratie … ou pas …

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logoAvec tous les supporteurs Islandais, je m’apprête à chanter en chœur ce mot entêtant et jouissif : BREXIT, BREXIT, BREXIT … pour que nos amis anglais sortent aussi rapidement de l’EURO2016 que de l’Union Européenne. Pourtant, au delà du foot et ses passions, ce sont deux référendums qui coup sur coup nous amènent à nous interroger sur le sens de la démocratie. Est un système politique ? Le pire à l’exclusion de tous les autres selon Churchill … Ou est un ensemble de valeurs et d’objectifs qui s’imposent par essence aux citoyens comme l’autorité du Roi est d’essence divine dans le système monarchique ?

Ces deux vision se sont violemment affrontées ces derniers jours sans totalement de dévoilées. Ce fut par exemple le cas ce matin sur France Inter quand Patrick Cohen interroge Cécile Duflot à propos du référendum sur l’aéroport de Nantes :  “On ne va pas refaire la campagne. Ce matin, est-ce que vous reconnaissez le résultat du référendum ?” La réponse de l’ancienne ministre est la suivante : “Patrick Cohen, on ne va pas faire le résultat de la campagne, on va simplement dire la réalité des faits : est-ce que c’est un projet bon pour l’écologie et bon pour le développement local ? Je pense que non. Et je pense que non sur des éléments fondés.” En d’autres termes “Fuck l’avis des gens, Fuck le vote, la question, la réponse et la démocratie.” C’est bien ce que voulait dire Patrick Cohen en lui répondant “C’est ce que Chevènement appelle ‘l’idéologie boniste’.  Vous êtes les bons. Les autres sont les mauvais.”

C’est en fait un vrai sujet : quand les conservateurs perdent un vote, ils le regrettent, disent que la campagne a été mal honnête ou mal menée mais ils ne questionnent pas le résultat … ils préparent la suite. Par contre quand c’est le camp réformiste qui perd un scrutin référendaire, il s’acharne immédiatement à remettre en cause la légitimité du résultat. C’est vrai à Nantes, à Londres et même aux Etats-Unis dans une autre forme avec l’acharnement des défenseurs de Bernie Sanders. Si le résultat est mauvais, c’est qu’il ne fallait pas poser la question … Souvenez vous du référendum sur la Constitution européenne, la première réaction à la victoire du “NON” fut de condamner le recours à l’outil référendaire, probablement parce que les citoyens sont trop bêtes pour réfléchir et se prononcer souverainement sur une question d’une telle importance…

A Londres, les urnes n’étaient pas encore froide que déjà David Cameron était pendu haut et court pour avoir interrogé son peuple (pas pour ne pas être parvenu à le convaincre). Personne, pas un seul défenseur du “remain” ne se remet en cause par rapport aux vrais questionnements des citoyens : ce sentiment diffus que quoi qu’il vote, les élites ne mènent jamais que la politique que ELLES trouvent juste et équilibrée. Finalement, si les gens veulent quitter l’Europe, pourquoi diable devraient ils être forcés d’y rester ? Quand on condamne la démocratie directe ne condamne t’on pas la démocratie elle même ?

Alors vous allez me parler de Benjamin Constant et de sa définition d’une démocratie moderne : “Les individus pauvres font eux-mêmes leurs affaires : les hommes riches prennent des intendants. C’est l’histoire des nations anciennes et des nations modernes. Le système représentatif est une procuration donnée à un certain nombre d’hommes par la masse du peuple, qui veut que ses intérêts soient défendus, et qui néanmoins n’a pas le temps de les défendre toujours lui-même.” La démocratie représentative est ainsi la forme la plus aboutie de la démocratie, loin devant la démocratie directe qui n’en serait que plus archaïque. Mais il y a une chose sur laquelle insiste Benjamin Constant, c’est la représentation des intérêts de la masse du peuple par ses représentants. Ces derniers doivent respecter la volonté majoritaire et la mettre en œuvre. Qu’en est il dans nos société occidentales modernes ? La volonté des peuples est elle respectée et mise en œuvre ?

La force des populismes en Europe est non pas la preuve mais le plus grand symptôme de cette maladie mortelle qu’est le gouvernement du petit nombre auto proclamé “éclairé” au détriment de la masse présentée comme silencieuse et abrutie.

Personne n’a jamais le droit de remettre en cause la légitimité d’un vote démocratique. Quand on perd, on baisse les yeux, on ravale ses larmes et on s’applique davantage pour gagner le prochain combat. Mais avant toute chose, on se soumet à la volonté du peuple avec le peu de dignité que l’on a.

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