La société pervertie (5) : les détours de l’Eglise de France

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Ils défilaient par millions au nom des valeurs et de la protection des enfants, promues victimes expiatoire de la gangrène homosexuelles. Sur leur passage, le cardinal, archevêque de Paris , Monseigneur 33, faisait sonner les cloches des églises et de la première d’entre elle, Notre Dame. C’était il y a quatre ans déjà et je me souviens, les insultes, les lâchetés des uns, le courage des autres …

Je me souviens de Mme Brigitte Barèges expliquant au Parlement que “L’enjeu du débat sur le PACS était que les couples homosexuels aient les mêmes droits que les couples hétérosexuels. Que leur manque-t-il aujourd’hui à part la robe de mariée ? Au nom de l’évolution des mœurs, notre société, dont les fondements laïques et républicains sont établis depuis des siècles, devra-t-elle prendre en compte, comme l’a dit mon collègue, d’autres pratiques sexuelles – et pourquoi pas le mariage avec les animaux ou la polygamie, si d’autres religions prennent le pas sur notre tradition judéo-chrétienne ? ” …

Notre tradition judéo-chrétienne … nous la connaissons mieux maintenant que le voile du silence se lève avec rage et désespoir et sur les pratiques, non pas de quelques brebis égarées mais de celles et ceux qui étaient en tête des cortèges homophobes : les principaux prélats de l’Eglise de France.

Je voudrais vous parler de Monseigneur Barbarin, cardinal de Lyon qui déclarait au moment de la discussion du texte  : « C’est une rupture de société  Après, ça a des quantités de conséquences qui sont innombrables. Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l’interdiction de l’inceste tombera. Il y aura des demandes incroyables, qui commencent à se faire jour ! Dès lors que “quelques repères majeurs” seraient dépassés, quelles réponses seront faites à ces nouvelles demandes ? Le “polyamour” ou les “unions à plusieurs” deviennent un sujet d’actualité ». 

Quatre ans après ces déclaration, l’homme qui voulait préserver la moralité de notre société est à genoux médiatiquement parlant. Confronté à de multiples révélations d’affaires de pédophilie impliquant un prêtre de son diocèse, le cardinal Barbarin a cherché pendant des années à étouffer l’affaire… Il est aujourd’hui lui-même mis en examen pour non dénonciation d’agression sexuelle sur mineurs.

Alexandre Dussot, 42 ans aujourd’hui, avait 9 quand il fut violenté par le père Preynat. Pendant longtemps, Alexandre s’est tu car il pensait que ce prêtre était mort. Mais en 2014, il apprend que le père Preynat est bien vivant, qu’il est toujours en fonction et peut encore se trouver au contact d’enfants. Il écrit donc un premier mail à monseigneur Barbarin : “Je décide d’écrire en juillet 2014, une lettre avec mon témoignage assez détaillé au cardinal Barbarin pour lui expliquer ce qu’il en était quant à ce prêtre et que ça pouvait être un danger pour les enfants encore maintenant.” Le cardinal lui répond dès le lendemain. “Terrible témoignage. Merci de vous être adressé à nous avec confiance. Que le Seigneur nous éclaire sur la bonne manière d’agir.”  Il oriente ensuite Alexandre Dussot vers Régine Maire, une psychologue, membre du conseil épiscopal de Lyon qui organise rencontre de “guérison et de pardon”, consistant à le mettre en face de son agresseur d’autrefois, le père Preynat.

La rencontre a lieu le 11 octobre 2014. “C’est une révélation pour moi parce que je lui expose ce qu’il m’avait fait. Il dit : ‘Oui, oui, bien sûr, ça s’est passé’. Et je comprends dans ce qu’il dit que je n’étais pas un cas isolé et qu’il avait agressé sexuellement pendant 15 à 20 ans des enfants. Il le reconnaît devant moi et Régine Maire écoute sans rien dire.” La “médiatrice épiscopale” écrit alors à Alexandre : “J’espère que cette rencontre a eu pour vous un goût de paix et de guérison d’un passé douloureux qui laissera toujours une cicatrice, certes, mais qui avec la grâce se ferme si…nous ne le la grattons pas trop.”  En clair, le diocèse souhaite étouffer l’affaire et pendant des mois Alexandre inonde le cardinal de mails qui restent sans réponse.

Alexandre décide alors d’écrire directement au pape en avril 2015 et miracle, le 28 juillet 2015 Barbarin, protecteur des enfants, finit par laisser un message sur le répondeur d’Alexandre : “J’ai reçu une lettre de Rome (…) me demandant de reprendre contact avec vous et de vous faire savoir exactement ce que j’avais fait à propos du père Preynat. Donc, je vous le dis, comme ça, voilà : j’ai interdit au père Bernard Preynat tout exercice du ministère pastoral et toute activité comportant des contacts avec des mineurs. Voilà.” 

Voilà, le cas isolé serait réglé … et pourtant au delà même du silence ignoble de celui qui défilait aux côtés de tout ce que la France compte d’immondes dévots ignares il y a le sujet du rôle politique de l’Eglise dans cette affaire.

anatrella_300Parlons donc de Monseigneur Tony Anatrella, ce prêtre français considéré comme un spécialiste de l’homosexualité au Vatican, proche de Jean Paul II puis de Benoit XVI et membre du Conseil Pontifical pour la famille, auprès du Pape. Il est psychothérapeute et met sa science au services de ses patients qui veulent  « sortir de l’homosexualité » (sic). Et c’est bien normal puisque comme il nous l’explique à longueur d’articles : “Qu’on le veuille ou non, l’homosexualité reste le symptôme d’un problème psychique et d’un en-deçà de la différence des sexes. En adoptant de telles lois, la société va entretenir la précarité affective, laissant croire qu’un particularisme, voire une orientation pulsionnelle, vaut une réalité universelle. Ce qui s’apparente à une imposture intellectuelle ajoute au brouillage des normes qu’on ne cesse de déplorer par ailleurs.” Il en fonce le clou, définissant  l’homosexualité « comme un inachèvement et une immaturité foncière de la sexualité humaine. […] Elle pourrait même être perçue comme une réalité déstabilisante pour les personnes et pour la société ».

Bref c’est mal l’homosexualité et c’est même dangereux pour la société … dangereux, même pour un éminent membre du conseil pontifical pour la famille et ses pulsions…

Le témoignage recueilli par Sylvie Cozzolino, journaliste à France 3, dans le cadre de son enquête sur l’Eglise de France est explicite. Il provient d’un laïc vivant aujourd’hui en Rhône-Alpes et qui parle  de ce qu’il a vécu entre 2001 et 2011. La victime est alors majeure. A l’époque, un prêtre lui recommande d’aller consulter le père Tony Anatrella, qui officie à Paris. Ce prélat est considéré au Vatican comme “le spécialiste de l’homosexualité”,un mal qu’il se propose de soigner par une approche “corporelle”. Et s’agissant de cette thérapie, ce patient affirme que le père Anatrella l’a curieusement contraint à des attouchements sexuels durant la consultation. Deux autres de ses victimes s’apprêteraient cette fois à déposer plainte contre lui pour harcèlement sexuel pour des faits qui remonteraient cette fois à l’époque où le père Anatrella était aumonier au lycée Arago à Paris.

Un ancien séminariste raconte que dans années 1980, il lui a fait comprendre qu’il pouvait le soigner de l’homosexualité. “Il m’a dit que je n’étais pas vraiment homosexuel, que j’étais un pseudo-homosexuel avec des pulsions. Il m’a expliqué qu’au travers d’exercices corporels avec lui je pourrais dépasser mes pulsions. Il me disait que, quand je les aurais vécues avec lui, j’en serais débarrassé.  Quand je lui ai dit que j’avais eu une expérience avec un homme, il m’a dit que j’allais me structurer dans l’homosexualité si je continuais. Je ne devais vivre ces choses qu’avec lui mais pas dans la vraie vie et qu’il me sortirait de l’homosexualité”.

Le plus incroyable dans tout ca c’est qu’il existe une directive du Vatican à l’intention des nouveaux évêques. “En fonction des lois de chaque pays, où la dénonciation peut être obligatoire, les évêques n’ont pas nécessairement le devoir de dénoncer les suspects aux autorités (…) lorsqu’ils sont informés de crimes ou d’actes constitutifs de péchés”… ce document a été rédigé par un certain Tony Anatrella.

2 thoughts on “La société pervertie (5) : les détours de l’Eglise de France

  1. Bonjour,
    je suis l’auteur des dessins que vous avez utilisé pour cet article. A défaut de respecter le droit d’auteur, il eut été plus courtois de me prévenir. Voire de créditer ma page ou mon site.

    1. Bonjour
      désolé que vous ayez pu vous sentir maltraiter par l’utilisation de deux de vos dessins sur un article de mon blog. Ces dessins étant signés de manière très évidente il ne m’a pas semblé que qui que ce soit puisse penser que j’en étais l’auteur ! D’ailleurs, en plus de la signature évidente, votre nom apparaissait également dans le nom du fichier.
      Chaque jour des millions de créations originales sont partagées par leurs auteurs puis partagées par des milliers de personnes via des blogs ou des réseaux sociaux. On peut regretter que chacun ne renvoie pas systématiquement vers le créateur, l’auteur, le photographe … Mais c’est le propre de la diffusion libre sur le net.
      Si cela peut vous rassurer mon blog est personnel, à faible audience et non rémunéré de quelque façon que ce soit et donc vos dessins ont été partagés juste parce que je les trouvais bon et en bonne adéquation avec ce que j’écrivais, tout comme on clique sur partager sur twitter ou facebook … certains considèrent cela comme un hommage, d’autres comme du vol.
      Toutes mes excuses si vous avez pu vous sentir flouer de quelque manière que ce soit et naturellement j’ai retiré les deux dessins de l’article en cause.
      bien cordialement

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