Que reste t’il de David Cameron ?

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David Cameron .. just one more time  please !
David Cameron .. just one more time please !

Je n’écrirai pas sur le Brexit en tant que tel. Je préfère vous laissez vous noyer dans le flot continue d’analyses brillantes rédigées par celles et ceux qui avec la clairvoyance habituelle du commentateur nous annonçaient depuis des mois la victoire évidente du “remain” … A force d’avoir tort et de ne jamais rien comprendre aux peuples, ils ont enfin une chance de tenter d’avoir raison… Finalement comme le disait mon excellent professeur d’économie il y a de cela bien longtemps : “même une horloge arrêtée donne l’heure exacte deux fois par jour, ce qui signifie que même un crétin peut donner une bonne réponse” !

Non, ce qui m’intéresse aujourd’hui, deux jours après le tremblement de terre qui fait frétiller toutes les fourmis de la City, temple de l’économie financière européenne, c’est de m’arrêter sur le parcours d’un homme, qui en l’espace d’une minute, vient de sortir de l’Histoire. David Cameron, Premier ministre de sa toujours gracieuse Majesté et parieur fou  qui pour la deuxième fois en deux ans a fait “tapis” mais qui, cette fois, a tout perdu.

Celui qui fut conseiller politique de Margaret Thatcher puis de John Major avant d’être élu pour la première fois député en 2001 avait pris la tête du parti conservateur quatre ans plus tard, à seulement 39 ans. Oui, chers amis, vous vous dites que c’est “jeune” mais c’est en fait dans la moyenne européenne … il n’y a qu’en France que les chefs de partis (puis les chefs d’Etat) sont choisi dans les générations à la retraite… Bref Cameron est l’archétype du mec super brillant à l’efficacité politique redoutable. Pour arriver haut et vite il utilise la seule méthode qui marche, celle des coups politiques. Il tente, risque tout et gagne encore et toujours …

vf_david_cameron_slider_4171.jpeg_north_562x_whiteEntre 1997 (année de l’humiliante défaite de John Major face à Tony Blair)  et 2005, trois leaders conservateurs, William Hague, Iain Duncan Smith et Michael Howard, avaient échoué aux portes de Downing Street. Les conservateurs étaient ratatinés, au bord de l’explosion et contestés sur leur droite. Ils s’offrent à la jeunesse et au renouveau en la personne de David Cameron. Pourtant l’image de l’homme moderne, Cameron, né avec une cuillère d’argent dans la bouche, issu de la noblesse écossaise, descendant du roi Guillaume IV et cousin éloigné de la reine Elisabeth, est surtout un fin tacticien. “David Cameron donne l’impression d’être né pour gouverner comme un destin qui lui reviendrait de droit presque sans effort. Il a cette assurance qui fait sa force“, explique Gerry Hassann.

Cameron et Clegg, le duo improbable de 2010 - 2015
Cameron et Clegg, le duo improbable de 2010 – 2015

En 2010, Cameron fait du Parti conservateur le premier parti du Royaume mais avec une simple majorité relative. Il est nommé Premier ministre par la reine Élisabeth II et constitue avec les Libéraux-démocrates le premier gouvernement de coalition du Royaume-Uni depuis 1945. Le voici au sommet de l’Etat mais d’un Etat qui connait sa plus forte crise économique et sociale depuis 40 ans. Après 5 ans de pouvoir partagé, il a lessivé ses alliés imposant sa politique ultra libérale dans tous les champs du Gouvernement. Pour autant les résultats sont là : En 2015, le Royaume-Uni connait la plus forte croissance des pays du G7. Dans le même temps, jamais le taux de chômage n’avait reculé aussi vite. Entre janvier 2014 et janvier 2015, il est passé de 7,2 % à 5,7 % de la population active. La chute est d’autant plus spectaculaire qu’elle s’est accompagnée d’une franche hausse de la population active. En un an seulement, plus de 600.000 emplois ont été créés en Grande-Bretagne, portant le total à 31 millions, un record. «Mille par jour. Autant que dans tout le reste de l’Union européenne» rappelle David Cameron. Plus de 73 % des 16-64 ans travaillent, contre 64 % en France … Cela fait fantasmer bien des hommes politiques français …

Dans le même temps, les salaires stagnent, les inégalités explosent entre “très pauvres” et “très riches”, la crise du logement s’amplifie et surtout des pans entiers de promesses de campagne sont jetées aux oubliettes et notamment la très controversée question de l’immigration. C’est sur cette question, cet échec politique, que Cameron perdra un an plus tard le plus grand combat de sa vie. En 2010 il promet de faire refluer l’immigration à moins de 100.000 personnes par an. Comme François Hollande sur le chômage, David Cameron prend un risque incroyable en affirmant : « pas de mais, pas de si ». On en est très loin : l’immigration nette vers le Royaume-Uni a atteint 298.000 personnes en 2015. Le Premier ministre a reconnu son échec mais il en fait alors porter l’entière responsabilité sur … l’Europe ! La liberté de circulation au sein de l’Union européenne expliquerait selon lui  cette forte hausse. Et la stagnation de l’économie européenne renforcerait encore l’attrait de la Grande-Bretagne pour les travailleurs polonais, espagnols ou roumains. En creux il dit clairement aux britanniques que si le Royaume-Uni a beaucoup d’immigrés c’est parce qu’il est membre de l’Union Européenne. Cette excuse (fallacieuse) va se payer cash un an plus tard.

David CameonL’homme aime prendre des risques : s’allier avec les Lib Dem de Nick Clegg en 2010 alors qu’ils étaient ses plus farouches adversaires, donner une chance aux Écossais de devenir indépendants en 2014 en organisant un référendum gagner de justesse, faire voter le mariage gay par une majorité de droite … Cette réforme,  il la veut non pas « en dépit du fait qu’il est conservateur mais parce qu’il est conservateur » et croit à la famille … Cette réforme que Hollande à la tête d’une large majorité de gauche met 1 an à faire voter dans les conditions que l’on connait, elle est discutée et votée en 1ère et dernière lecture en l’espace d’un mois par la majorité conservatrice britannique.

Cameron est un parieur fou ! Il le démontre encore en janvier 2013, apparaissant à la une de The Economist, grimé en joueur de poker, cigare à la bouche et grosse bague à la main, verre de whisky sur la table. Le Premier ministre britannique vient tout juste de jouer son va-tout : il promet, s’il est réélu en 2015, d’organiser un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne.

d'amis à rivaux Boris et David !
d’amis à rivaux Boris et David !

Il fait cette promesse pour garantir l’unité de son parti et affaiblir parti Ukip qui lui fait peur sur sa droite. Et il a raison d’avoir peur. En mai 2014, à un an des élections générales, Ukip emporte les élections européennes en Angleterre. Avec 27,5 % des voix pour Ukip, c’est la première fois depuis la première guerre mondiale qu’un scrutin n’est remporté ni par les travaillistes ni par les conservateurs. Certains commencent à se demander si le tri partisme ne va pas à nouveau empêcher l’émergence d’une majorité au scrutin législatif de 2015. Cameron n’a plus le choix et devra tenir sa promesse de référendum. La mesure figure noir sur blanc dans le programme du parti conservateur pour les législatives de 2015 et toute la campagne du référendum tournera autour de deux thématiques seulement : l’immigration et les inégalités sociales, les deux points noirs du bilan conservateur. Les cartes du vote recouvrent d’ailleurs de manière presque irréelle la carte de la répartition des richesses dans le pays … tout comme les cartes du vote FN en France avec les zones les plus pauvres.

David Cameron a annoncé sa démission à l’automne et la logique voudrait que Boris Jonhson prenne sa place. Ne vous y trompez pas, le futur Premier ministre est lui aussi un parieur fou. Lui, le pro européen qui a basculé dans le camp du Brexit et a mené une campagne d’une violence inouïe pour une seule raison : battre son ami de toujours David Cameron et lui prendre la place ! Ce pari a été victorieux. S’il parvient à préserver l’unité du Royaume-Uni et à négocier une sortie honorable de l’UE d’ici 2017 … il pourra envisager sereinement les prochaines élections générales mais surtout, il sauvera l’image de David Cameron aux yeux de l’Histoire.

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