Donnons du sens à nos larmes

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title-1448232529C’est une guerre sans fin, une horreur sans limite. La barbarie nous touche encore, au cœur de la France, au cœur de la République. Le temps des larmes n’est donc pas fini et il n’est pas prêt de finir. Alors que les cadavres sont à peine ramassés sur la promenade des anglais, l’abjection politique est déjà en marche avec son lot de récupérations, d’accusations, de débats politiciens scandaleux qui déshonorent et disqualifient ceux qui s’y prêtent.

Je pense à celles et ceux qui à Nice et dans sa région sont sans nouvelle d’un proche, d’un ami, d’un enfant. Je pense à leur peur, à leur douleur.

Je pense à celles et ceux qui ont déjà perdu un proche ces derniers mois dans un attentat et qui revivent ces moments insupportables, par procuration certes mais la douleur et le souvenir sont ainsi. Ils s’installent, reviennent quand on se croyait guéri.

Je pense à celles et ceux qui ne manqueront pas d’être stigmatisés : les franco-algériens, les franco-tunisiens, les franco-marocains. Tout simplement parce que chaque attentat ces derniers mois a été perpétré par l’un d’entre eux.  Notre ennemi est intérieur. Nous le savions. Il n’est pas “franco”, il est Français. Il faudra un jour, quand les passions seront apaisées, enfin se poser la question qui brûle les lèvres de la gauche et atrophie l’esprit de la droite : qu’avons nous fait, que n’avons nous pas fait pour que nos enfants se retournent contre nous ?

On nous a agressé physiquement, mais on nous a aussi attaqué symboliquement. Ces corps fauchés au hasard, ce sont ceux de la République. Ce sont les victimes de la célébration des libertés conquises par le peuple et de l’affirmation de son unité. Des victimes qui célébraient la République, la prise de la Bastille, la fête de la Fédération dans une ville qui n’était pas encore territoire de la France à l’époque de ces évènements. Il fut un temps où les ancêtres de ces victimes de la haine furent aussi des Franco-quelquechose et aujourd’hui, leurs enfants sont morts en célébrant l’amour de la France et de la République.

Le moment est peut-être enfin venu de se souvenir de ce que cela signifie d’être un membre de cette communauté. Le moment est peut-être enfin venu de se serrer les coudes et de se relever non pas comme être humain ou comme humaniste mais comme Républicains et comme Français; d’assumer ENFIN notre identité non pas pour exclure mais justement pour rassembler au delà de nos cultures, de nos religions, de nos couleurs de peau ou de nos origines. Parce que voyez vous, l’identité de la France et de la République c’est de ne pas distinguer ses enfants mais de les unir derrière un même idéal.

Je pense donc naturellement à ceux qui depuis des mois nous reprochaient d’être plus Charlie que Bamako, plus Paris que Bagdad. Qu’ils nous épargnent aujourd’hui leurs leçon de morale mondialisée.

Peut être est ce mal, mais c’est ainsi. Oui, je pleurs ma famille avant de pleurer mes voisins. Je pleurs ma ville avant de pleurer les autres. Je pleurs mon Pays avant de pleurer l’Europe. Je pleurs sur l’Europe avant de pleurer sur le Monde. Ma douleur n’est pas la même pour toutes et pour tous même si elle existe pour chacun. Les pertes et les drames n’ont pas tous la même intensité car si tel était le cas alors ces larmes n’auraient plus aucun sens.

 

 

2 thoughts on “Donnons du sens à nos larmes

  1. Ton texte est rempli de sagesse et de richesse humaine..l’union fait la force c’est prouvé.Mes sympathies à tous ceux touchés de près ou de loin par cette nouvelle atrocité

  2. C’est d’une tristesse incommensurable et surtout qui m’arrache le coeur !!! Quelle cruauté tout à fait gratuite , pourquoi tant de haine ?
    Je suis de tout coeur avec vous tous et toutes !

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