Le coup d’Etat parfaitement réussi de Recep Tayyip Erdogan

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Recep Tayyip Erdogan

Dans la soirée de vendredi à samedi, les chaines d’information en continue n’interrompent pas leurs programmes spécial attentat de Nice. Elles s’assument pleinement comme des chaines d’info locales tournées vers l’événement local n’éprouvant que mépris pour la géopolitique et l’info internationale de manière générale. Sur les coups de 23:30, celles et ceux qui en France voulaient en savoir plus sur le plus grand événement du jour étaient contraints de chercher dans les profondeurs des numérotations de chaines le canal correspondant à France24.

Recep Tayyip Erdogan, le tout puissant président turque vacillait devant une tentative de coup d’Etat militaire. La Turquie, ce verrou entre l’Europe et le Moyen Orient qui avait porté des un parti conservateur “islamiste” au pouvoir lors des élections démocratiques de 2002, il y a désormais 14 ans.

Pour mieux comprendre ce qui s’est réellement passé ce week-end il faut repartir de l’origine de tout et remonter doucement mais surement le temps :

Qui est Recep Tayyip Erdogan :

 Il est né à Istanbul en 1954, dans une famille de la classe moyenne, son père étant garde côte. Depuis qu’il a accédé au pouvoir certains historiens proches du pouvoir revisitent l’histoire expliquant que la famille Erdoğan descendrait de la famille Bagatl Recep, qui aurait participé a la conquête de Constantinople en 1453 … Le plus probable est que cela ne relève que de la stratégie de communication.

Dans les années 70, Erdogan se lance en politique au sein de l’Organisation de jeunesse du Parti du Salut national, le MSP, parti islamiste alors dirigé par Necmettin Erbakan, l’homme qui en 1989 déclarait : « Les Européens sont malades… Nous leur donnerons les médicaments. L’Europe entière deviendra islamique. Nous conquerrons Rome. »

Erbakan et Erdogan
Erbakan et Erdogan

C’est au nom de cette famille politique qu’en 1994, Erdoğan est élu maire d’Istanbul. Il a mené une virulente campagne contre la corruption, les élite et pour les pauvres ainsi que la classe moyenne. Mettant de côté la question religieuse, il insiste sur l’efficacité des administration. Force est de reconnaître qu’il connait de grands succès à la Mairie : les coupures d’électricité ou d’eau se font rares et ses grands projets d’infrastructures, comme le métro, sont réalisés. Côté corruption, il fait filmer par des journalistes une réunion politique où se négocient des dessous de table, provoquant un scandale énorme mais décrédibilisant ce faisant tous ses opposants politiques. Ces réussites n’empêchent pas le maire d’avancer aussi sur la question religieuse, luttant contre la laïcité partout où cela est possible. Il fait interdire l’alcool dans les services municipaux et en 1999, dans un discours cite un poème aux accents dangereusement anti laics : « Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats ». Il est arrêté, conduit en prison, et déclaré inéligible. Dans sa prison il décide de changer de tactique et de ne plus affronter frontalement le pouvoir des institutions laïques et notamment l’armée. Il rompt avec Necmettin Erbakan et crée son propre parti politique : le Parti de la justice et du développement (AKP).

La stratégie est payante puisque en 2002, l’AKP gagne la majorité absolue à la Grande Assemblée Nationale. Erdogan est néanmoins toujours inéligible. Peu importe le parti modifie les lois sur inéligibilité et organise une élection partielle : Erdogan est élu en 2003 et immédiatement nommé Premier ministre. Il reste à ce poste jusqu’en 2014, date à laquelle il est élu Président de la République avec 52 % des suffrages.

La situation politique en Turquie à la veille du coup d’Etat:

Quand Erdogan prend le pouvoir en 2002/2003, il est le maître contesté d’un pays dont l’histoire moderne est profondément ancrée dans la lutte contre toute forme d’institutionnalisation de la religion. Toutes les institutions, politiques, militaires, médiatiques, culturelles et financières sont opposées à l’AKP et à son programme de conservatisme islamiste.

Depuis 14 ans Erdogan n’a pour lui que la force des élections démocratiques qu’il emporte régulièrement. En 13 ans, l’AKP a engrangé pas moins de 9 victoires d’affilée (3 élections législatives, 3 élections locales, 2 référendums et 1 élection présidentielle). Il mène une politique économique et sociale au service des classes populaires et bénéficie en retour d’une loyauté sans faille de son électorat. Pendant ce temps, il purge à chaque fois que cela est possible l’armée, la police, la Justice et les médias. Depuis 14 ans la Turquie n’a cessé d’accentuer le caractère restrictif de sa politique en matière de liberté d’information. En 2002, quand l’AKP arrive au pouvoir 13 journalistes dorment en prison. Ils sont 97 à la veille du coup d’Etat. Reporters sans frontières qualifie d’ailleurs la Turquie de « première prison au monde pour les journalistes ».

Pour autant, depuis son élection à la présidence, toute la stratégie d’Erdogan tourne autour d’un seul et unique objectif : la présidentialisation du régime. Erdogan, Président, veut tous les pouvoirs, poussant même le vice à prendre comme exemple Adolf Hitler dans une déclaration ahurissante : alors que la presse lui demandait si le passage au système présidentiel permettrait de maintenir la structure unitaire de l’État turc, il a répondu: «Il y a déjà des exemples dans le monde. Vous pouvez le voir quand vous regardez l’Allemagne de Hitler. Il y a eu des exemples plus tard dans de nombreux autres pays.»

pour modifier la constitution et récupérer tous les pouvoirs du Premier ministre, Erdogan a besoin de la majorité des deux tiers au Parlement mais il échoue aux élections législatives du 7 juin 2015. Cela n’arrête pas notre fantasque président qui dissout et refait voter le 1er novembre après un sanglant attentat dont il fait porter la responsabilité aux kurdes (principale force d’opposition issue des élections de juin). Le 1er novembre, le pari est presque gagné puisque l’AKP regagne la majorité parlementaire perdue lors du précédent scrutin du 7 juin. Avec 49,3 % des suffrages, la parti d’Erdogan obtient 316 des 550 sièges, assez pour continuer à gouverner seul, mais trop peu, en revanche, pour modifier la Constitution dans le sens du régime présidentiel fort voulu par le chef de l’Etat.

Depuis lors, Erdogan est en stand by … Il attend le prochain coup, celui qui lui permettra de prendre enfin un pouvoir à sa mesure dans l’ancien Empire Ottoman … C’est à ce moment précis qu’intervient la tentative de coup d’Etat !

Un coup d’Etat inversé ?

Que savons nous du coup d’Etat perpétré dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016 ? 

Tout a commencé vers 22 heures lorsque des blindés militaires ont pris position à l’aéroport Atatürk d’Istanbul, autour des ponts sur le Bosphore, dans les environs du palais présidentiel à Ankara. Peu après, des militaires ont fait irruption dans les locaux de la chaîne publique TRT, dont ils se sont emparés. Dans un communiqué publié sur le site de l’état-major, les putschistes ont dit s’être rendus « totalement maîtres du pays ». Leur but, expliquaient-ils, était de « restaurer l’ordre constitutionnel, la démocratie, les droits de l’homme et les libertés ». 

On apprit alors que le général Hulusi Akar, le chef d’état-major, était retenu en otage par les putschistes. Quelques heures plus tard, Recep Tayyip Erdogan apparait sur la chaîne CNN Türk pour une courte interview réalisée, par le biais de Facetime réaffirmant qu’il est le commandant en chef et demandant à la population de descendre dans la rue. De petites foules de militants se rassemblent principalement à Isatnbul, la place forte de l’AKP. Les putchiste auraient ouvert le feu contre les manifestants sur le Bosphore mais n’auraient fait qu’un seul mort …

Les forces loyalistes passent alors à l’action … A Ankara, un F-16 a abattu un hélicoptère piloté par des insurgés et à Istanbul, des chasseurs ont survolé la ville toute la nuit, larguant au moins une bombe sur la place Taksim, en plein centre-ville et surtout au milieu des manifestants pourtant favorable à Erdogan.

Au petit matin, les 3000 putschistes se rendaient spontanément aux forces de sécurité mais les questions demeurent …

Quel courant au sein de l’armée a pu croire qu’un putsch était possible ? Qui ? Combien ? Pourquoi ? Très peu d’informations ont filtré sur l’identité des auteurs du soulèvement, pas un visage, pas un grade, pas un nom de famille. Les autorités parlent d’une cinquantaine d’officiers, issus de la gendarmerie et d’une partie de l’armée de l’air. Mais qui précisément ? Il n’y a jamais de putsch sans visage ni nom …

Plus surprenant encore, les putschistes n’ont a aucun moment essayé d’arrêter Erdogan ou ne serait ce qu’un seul membre du Gouvernement. L’objectif de tout coup d’Etat est justement de décapiter le Gouvernement. Avant même de prendre la rue avec des armes lourdes, on prend la présidence et plus particulièrement son locataire. Les putschistes ont dans ce cas fait le service minimum laissant l’Etat organiser la réponse militaire et la défense des institutions.

On note aussi que c’est Erdogan qui demande à la population de sortir dans la rue et que c’est à nouveau Erdogan qui fait tirer une bombe sur ses supporteurs place Taksim laissant penser à la population que cette bombe est tirée par l’armée putchiste.

Au lendemain du “coup d’Etat” raté de soi disant militaires kemalistes inconnus soutenu par le principal opposant islamiste à Erdogan, en asile aux Etats-Unis mais qui semble plus surpris encore qu’Erdogan de ce putsch… Ce sont certes 3000 militaires qui sont arrêtés mais aussi presque 2000 juges et procureurs … Pourquoi ? nous ne le saurons jamais, eux non plus d’ailleurs.

Il est fort probable que ce weekend, la Turquie a connu un nouveau coup d’Etat. Un coup d’Etat réussi; celui qu’Erdogan a mené contre ses propres institutions et qui va lui permettre d’obtenir enfin la réforme de la Constitution tant espérée et surtout, les pleins pouvoirs qui vont avec.

Ayşe Kadıoğlu, professeur de sciences politiques dans une université d’Istanbul, raconte aujourd’hui que lorsqu’il a vu les images du parlement turque en partie détruit par les bombes, il s’est rappelé d’une autre image histoire, celle du Reichstag, le Parlement allemand, après la nuit du 27 février 1933. Le professeur stambouliote ne dresse pas seulement un parallèle entre les deux images à cause des dommages faits aux bâtiments. L’incendie du Reichstag était aussi la dernière chance pour le peuple de conserver des libertés et la possibilité d’un esprit critique en Allemagne. Au lendemain de l’incendie, l’ordre a été donné par décret du dirigeant du Reich d’ignorer sept articles de la constitution… A  Ankara, l’histoire est en marche mais probablement pas dans le bon sens.

MAJ du 21/07/2016:

Depuis que cet article a été écrit la vérité sur le régime et le soi disant putsch … 45.000 personnes ont été licenciées ou suspendues de leur fonction par le gouvernement Erdogan en moins d’une semaine. 15.200 enseignants ont été licenciés et 1.577 doyens d’université poussés à démissionner. En outre, 8.777 fonctionnaires du ministère de l’Intérieur ont été remerciés de même que 1.500 au ministère des Finances, et 257 autres au sein des cabinets attachés au Premier ministre. Enfin, les licences octroyées à 24 chaînes de radio et de télévision ont été retirées.

Cela s’ajoute  à l’arrestation de plus de 6.000 militaires, le licenciement de 9.000 policiers, et à la suspension de 3.000 juges ordonnée dès le lendemain du putsch.

giphy

 

5 thoughts on “Le coup d’Etat parfaitement réussi de Recep Tayyip Erdogan

      1. Senin babanin adi fetullah anlaşildı.Kaç paraya sattin kendiniki yalan haber yaymak için yirtıniyorsunuz.Erkeksen o gece Ankaraya gelseydin .Uzaktan kumandanıza pensilvanyadan basanları memnun etmeye çalışan insanlar Allah size akıl fikir versin.

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