J’ai rencontré The Get Down par Baz Luhrmann

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Vous aviez peut être adoré la première saison de la série Empire, avant qu’elle ne bascule du côté obscure, celui d’un pathétique soap aux rebondissements usés, dignes de la plus mauvaise série américaine des années 80 diffusée en début d’après-midi sur une chaîne de la TNT… Ce que vous aimez, c’était le rythme, le son, l’idée même de raconter un bout de l’histoire du Rap et des Majors au travers d’une série.

Skylan Brooks, Shameik Moore, Justice Smith, and Tremaine Brown Jr. in The
Skylan Brooks, Shameik Moore, Justice Smith, and Tremaine Brown Jr. in The

Vous aviez aimez Empire mais ça c’était avant de vous abonner à Netflix et de découvrir « The Get Down », nouvel ovni télévisuel avec aux manettes l’incroyable Baz Luhrmann, qui malheureusement ne réalise que le premier épisode, de la durée d’un film. Pour ceux qui ne connaissent pas le génial réalisateur australien, c’est à lui que l’on doit Moulin Rouge et surtout le mythique Romeo + Juliet, symbole de la culture pop des années 90, et rare transposition réussie d’une œuvre de Shakespeare dans l’époque contemporaine.

« The Get Down » c’est l’émergence du Hip Hop et de la Break Dance à la fin des années 70 dans un New-York apocalyptique au travers d’une quête épique, une épopée musicale et sociale d’un jeune poète qui décide de donner un sens à sa vie et à celle de tous les jeunes du Bronx. En musique de fond, l’histoire de la capitale économique des Etats-Unis, ville délabrée et abandonnée aux rapaces de la finance qui préfèrent brûler les immeubles pour toucher les assurances plutôt que de courir après des loyers que les habitants sont bien incapables de payer.

L’une des forces de la série est de s’appuyer sur la réalité tant artistique que politique et sociale.

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Le Bronx dans les années 70

En effet, les années 70 sont assurément la période contemporaine la plus terrible de l’histoire new-yorkaise. La ville subit de plein fouet la désindustrialisation et le déclin démographique et frôle de peu la faillite comme Detroit en 2013. De nombreuses infrastructures urbaines furent laissées à l’abandon, faute de subventions et la multiplication des emprunts à court terme entre 1965 et 1975 provoqua un endettement considérable qui devint abyssal avec les contrecoups du premier choc pétrolier de 1973. Plusieurs quartiers s’enfoncèrent alors dans la criminalité et la drogue, comme Harlem ou South Bronx, ce qui s’accompagna d’une chute brutale de la population qui passe de 7 895 000 en 1970 à 7 millions en 1980 (-10 %). La baisse touche tous les quartiers à l’exception de Staten Island et atteint le chiffre de – 21 % en 10 ans dans le Bronx.

La série s’inscrit dans cette atmosphère d’abandon politique et social en abordant le grand blackout des 13 et 14 juillet 1977, quand toute la ville à l’exception du Queens fut plongée dans le noir entrainant des scènes de pillage et d’émeutes qui se conclurent par 4 000 arrestations et la mort d’une centaine de policiers.

D’un point de vue artistique, Baz Luhrmann s’inscrit dans une société américaine où le disco et le hustle vivent leurs dernières heures de gloire. Dans les coins les plus pauvres de New York un nouveau mouvement musical est en train d’émerger au travers de “block party” où l’on danse le freak, où l’on s’affronte dans des battles et on rape au rythme des playlists de Grandmaster Flash, le fondateur de ce qui deviendra l’un des plus grands mouvements de l’industrie de la musique américaine : le hip-hop.

Grandmaster Flash
Grandmaster Flash

Grandmaster Flash a 19 ans en 1977. Cette date, c’est lui-même qui l’a proposé à Baz Luhrmann comme point de départ de l’histoire quand le réalisateur est venu le voir avec son projet. Les deux acolytes l’explique dans une interview : « 77, c’est une année spéciale. C’est l’année la plus productive de l’industrie du disque, 2 milliards de dollars, contre 1,5 milliard pour l’industrie du cinéma et 500 millions pour l’industrie sportive. Le Disco est au pouvoir, mais dans le Bronx, un nouveau courant musical est en train de naître ». Au début, raconte Gransmaster Flash, « c’était très petit, très localisé. À la base, c’était juste notre manière de passer le temps. Mais en réalité nous étions en train de créer notre propre moyen d’expression. Et notre outil de l’époque, c’était le vinyle. … Moi, j’étais le scientifique et le technicien, celui qui savait comment doser la playlist. Parfois la meilleure partie d’un morceau est très courte, et ça me foutait hors de moi. Alors j’ai inventé un système à deux platines, pour pouvoir rejouer une séquence, encore et encore. Pour y arriver, il a fallu mettre les doigts sur le disque. J’ai été le premier à le faire. Avant, chez les DJ, c’était sacrilège. »

Alors oui c’est l’histoire de New York et c’est l’histoire de la naissance du Hip Hop mais c’est aussi du Baz Luhrmann c’est-à-dire un flamboyant spectacle mêlant théâtre, musique et danse sur fond d’une (impossible ?) histoire d’amour. C’est le récit de la naissance d’un art et au travers d’elle de la naissance d’un artiste interprété par Justice Smith (qui n’est pas Jaden, le fils de Will Smith, bien qu’il y interprète un rôle tout en finesse).

Bref on adore The Get Down et on vous le conseille vivement !

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