La dernière nuit du Rais

Share

Quel pari fou que celui relevé par Yasmina Khadra … un de plus peut être mais quelle réussite rare que cette plongée dans l’esprit malade de celui qui dirigeait d’une main de fer la Libye de 1969 à 2011 transformant son peuple en un troupeau docile mais bouillonnant.

 Yasmina Khadra se glisse littéralement dans la peau de Kadhafi: il raconte son histoire à la première personne du singulier. Son récit débute à Syrte, dans la nuit du 19 au 20 octobre, là même où le chef de l’État libyen a trouvé la mort.

«Il a poussé la mégalomanie jusqu’à chercher à incarner toute une nation, persuadé que, par son statut de souverain absolu, il régnait sans partage sur les êtres et les choses. Le monde entier connaît ses méfaits, mais que sait-on vraiment de sa personne? La Dernière Nuit du raïs nous éclaire sur la face cachée d’un homme né sous le signe d’une injustice, qui voulut sauver son peuple, mais ne fit que se substituer à lui. Sans projet de société probant, le tyran privilégia la répression la plus brutale, conjuguant purges sanglantes et démagogie claironnante», explique le prière d’insérer.

L’émotion est là transmise à l’état pur par un auteur qui ne cherche pas à comprendre ou à justifier mais qui prend son hôte tel qu’il était basculant de la rage à la douceur en une seconde à peine retraçant si cela est possible l’amour terrorisé que lui portaient ses fidèles. Nous nous approchons du tyran non pas en ses heures glorieuses qui nous le rendent haïssables plus encore mais au moment où sa vie bascule, son rêve s’écroule et qu’il se trouve là, face à nous comme un adolescent colérique et impuissant. C’est le dernier réduit, le dernier quart d’heure, la fin imminente et tragique, le moment où tout se délite, la nuit où celui qui se voyait le messager de dieu sur terre se retrouve terré, acculé, tapi, traqué, comme un vulgaire rat, au fond d’une canalisation agricole.

On se prend presque de pitié pour le tyran devenu gibier comme Saddam Hussein avant lui mais derrière cette image de fragilité masquant presque un demi siècle de barbarie, il y a comme un rappel incarné par le spectacle de la soumission. Cette servitude volontaire servie jusqu’à la nausée, par le peuple et le dernier carré des fidèles qui entourent encore le raïs… Une servitude qui mènera le dernier carré à la mort. Khadafi était leur dieu et comme dans l’ancienne Egypte ils le servent dans et après la mort.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *