L’abracadabrantesque curée de Monsieur Fillon …

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Souvenez vous, La Curée, c’est un roman d’Emile Zola mettant en scène Aristide Rougon, dit Saccard, et son frère Eugène dans le Paris du Second Empire. Eugène a fait carrière en politique grâce à son soutien à Napoléon III dont il est ministre. Il aide son frère à obtenir un emploi à la mairie de Paris, ce qui permet à ce dernier d’avoir accès à tous les plans des travaux d’Haussmann et donc de participer à la curée, le dépeçage de Paris par les spéculateurs, tâche dont il s’acquitte à merveille. Il accumule rapidement une grande fortune. Néanmoins Aristide aime vivre à grands frais. Ayant besoin de toujours plus d’argent, et alors qu’il accumule les échecs spéculatifs, il escroque sans aucun scrupule sa propre femme Renée. Vous l’imaginez, si vous n’avez pas lu Zola … cela ne se termine pas très bien.

La curée, c’est un terme tiré de la chasse qui signifie : ruée avide pour s’emparer des biens, des places, des honneurs laissés vacants. Une construction sociale qui pourrait définir la vie politique, peuplée de ces bêtes fauves qui chassent et tuent, laissant aux charognards le soin de ramasser, au gré des aléas des succès et des échecs, les oripeaux d’une République agonisante.

Je n’ai pas envie de mêler mes cris d’orfraie aux hurlements de la meute d’anciens serviteurs qui se scandalisent la main sur le cœur de découvrir à la une des journaux ce que chacun d’entre eux pratique depuis si longtemps dans la quiétude des silences de la loi.

Je me souviens de l’hiver 1997. A la recherche d’un stage de fin d’année, j’ai l’opportunité de rencontrer le directeur des services de l’Assemblée nationale qui accepte que je rejoigne pour l’été l’équipe de la présidence de l’Assemblée, derrière, loin derrière un certain Philippe Seguin. L’objet de mon travail estival : remanier le règlement de l’Assemblée national pour le moderniser et le sortir de son statut “au dessus des lois”. Il faut donner au Parlement un mode de fonctionnement équitable et garantir le respect des lois. Un sujet passionnant, titanesque … que je n’aurais jamais l’occasion de mettre en oeuvre, Jacques Chirac préférant dissoudre l’assemblée avant mon hypothétique stage. Déjà la question de la rémunération des députés et de leurs équipes était sur la table.

En novembre dernier j’écrivais aussi qu’en votant pour François Fillon,  “tu défendras un renouvellement et le réalisme politique avec un homme qui n’a JAMAIS exercé la moindre activité professionnelle autre que la politique et qui hérita de tous les mandats de son mentor sans jamais prendre le moindre risque“. Je tentais, probablement maladroitement, de mettre en exergue ce trait de caractère du candidat de la Sarthe, de toujours défendre des principes que lui même n’avait jamais mis en application. Dans les conversations de comptoirs, j’interrogeais mes amis et collègues sur ce château magnifique où vivaient les Fillon : comment l’avait il acheté et entretenu, cet homme qui n’a jamais exercé d’autres activités que politiques et dont l’épouse n’a jamais travaillé ? Maintenant je le sais, c’est nous qui l’avons payé !

Ah ce beau métier d’assistant parlementaire … ce n’est pas la première fois que je le croise. Déjà en 2011, ici même, je m’attaquais à ces pleureuses qui, avec un salaire de 2 133 €, nous expliquaient « Quand je dis que je suis collaboratrice parlementaire, tout le monde pense que c’est une planque bien payée. Mais je n’ai pas l’impression d’être une sangsue de la République. C’est correct, mais pas magnifique. » Je comprends mieux ce sentiment étrange depuis que je sais que certaines assistantes sont payées 6 000 € par mois pour un métier qu’elles ne savaient probablement même pas qu’elles l’exerçaient …

François Fillon aurait pu tenter de sauver sa campagne en adoptant la pratique politique américaine, celle de la contrition. Il aurait pu reconnaître des erreurs d’appréciation, présenter ses excuses et même rembourser à l’Etat le million d’euros. Cela n’aurait peut être pas sauver son élection, mais surement sa candidature. Mais non, voyez vous, chez ces gens là … on ne doute pas !

Chez ces gens là, on est certain de son bon droit. On compte, on triche, on ingurgite mais tout cela, on le fait parce qu’on est légitime ! C’est l’histoire d’une classe, d’une caste qui de son olympe électorale, universitaire ou financière, observe avec un amusement parfois agacé, la fourmilière infâme des petites gens ordinaires, nés pour servir et jouer un rôle dans la grande comédie humaine. Parfois la fourmilière se révolte et à force de piqûres parvient à faire tomber de l’Olympe l’un de ces mi-dieux pathétiques pour l’exemple ou juste l’amusement … et là, c’est la curée.

 

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