Macron, la fin d’un mirage ou la mise à mort ?

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Ah Emmanuel Macron, ses jolies dents blanches, ses postures de sauveur christique et ses promesses d’une révolution intelligente … Que d’ambitions pour une seule personne, portée par tout ce que la France compte de cadres progressistes, ces gens qui réfléchissent et regardent pétris d’horreur, la colère du peuple se transformée en Tsunami.

Plutôt que de laisser l’histoire jouer son rôle destructeur, faisant de l’élection présidentielle française un énième soubresaut du retour du populisme en Occident qui porterait Marine le Pen dans le costume du Général de Gaulle après le Brexit et l’arrivée tonitruante de Donald Trump à la Maison Blanche; certains rêvent d’une révolution par le haut, faisant d’un banquier d’affaires devenu ministre à même pas 40 ans, le fantasme d’une République progressiste retrouvée.

Je ne vais pas vous la faire à l’envers, moi le centriste extrémiste, l’idée me plait assez.

N’en déplaise aux apparatchiks de la vie politique, rares sont ceux qui ont ne serait ce qu’une once du courage politique et personnel d’Emmanuel Macron. Quand en l’espace de cinq années vous passez du statut de conseiller du Président de la République à celui de Ministre de l’Economie le plus populaire de ces dernières années et que vous avez 38 ans, vous savez que l’avenir est prometteur. Avec un peu de patience et de chance vous serez à la tête d’une chapelle socialiste puis, un jour, Premier ministre et qui sait, candidat de la gauche à l’élection présidentielle.

A défaut de patience, Macron l’américain aura fait preuve de courage. Il quitte le navire, jette ses rêves d’une longue carrière politique et se positionne au centre du jeu se lançant sans véritable parti dans la bataille glorieuse du pouvoir. Le mot “courage” peut vous sembler étonnant et pourtant, croyez moi, à 40 ans on n’a pas l’habitude de bruler ses navires, au contraire on cherche souvent à préserver ce que l’on a.

L’immortel Jean Dutourd écrivait du temps où il était encore en vie qu’il était un royaliste pour la sécurité. L’empire (bonapartiste) était à ses yeux un dangereux aventurisme où le destin d’un pays était lié à celui d’un homme dont les ambitions devaient se mêler à celle d’une nation. Il entraînait, le peuple et le pays dans sa gloire et dans sa chute. A contrario, la monarchie était un “héritage” dont le bénéficiaire avait pour premier devoir de léguer au moins intact à son successeur. Le rythme lent de la monarchie convenait mieux à la défense du peuple et de ses droits.

Jean Dutourd n’aurait pas aimé Emmanuel Macron, ses rêves, ses ambitions et le rythme effréné de sa carrière…  Et pourtant comment ne pas retrouver du Macron dans cette citation du monarchiste  : « Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l’avenir » ?

Macron n’a ni remord, ni regret mais place toute sa confiance en lui même, obsédé par un jeu de miroirs médiatiques déformants qui, peut être lui font croire qu’il est celui que le peuple attendait.

La vérité c’est que depuis des mois, il a une chance absolument imprévisible et assez incroyable : Un boulevard s’est ouvert au centre, de ce genre de chemin qui fait baver d’envie et de dégoût un François Bayrou malheureusement inaudible. A gauche l’option centriste de Valls-Hollande a été balayée (en partie de son fait) par un alliage très friable unissant Hamon et Montebourg; à droite Fillon a éliminé l’alliance Bayrou-Juppé avant de s’auto-détruire dans une lamentable histoire d’emplois fictifs très rémunérateurs.

La situation est idéale pour Macron et pourtant c’est pile le moment où il est le plus fragile. Devenu, un temps, le favori des sondages, comme Bayrou au début de l’année 2007, on commence à dépasser l’apparence d’une image pour se concentrer sur le fond. On est malgré tout à deux mois du premier tour et il n’est pas indécent de vouloir connaitre les engagements de l’homme qui se voit déjà roi.

Macron, l’homme qui ne doute de rien

Cette question a animé certains de nos dîners en ville avec des macronistes. Depuis le début du mois je me souviens des campagnes de Bayrou et des retards dans les annonces du programme. Des retards qui comme chez Macron étaient “volontaires” et “assumés” pour des raisons de stratégies de communication. Je  me souviens d’une conversation animée post campagne avec l’excellent responsable de la communication de la campagne 2012 de Bayrou qui nous expliquait benoîtement que les annonces avaient été décalées pour respecter le “temps médiatique” et monter en puissance quand le bruit du démarrage de la campagne de Sarkozy serait passé. C’est le train de l’histoire qui est passé et Bayrou a disparu dans les tréfonds des sondages et de l’élection.

Macron reproduit le même schéma.  Ses communicants veulent laisser passer le bruit : celui de la primaire de la droite, puis celui de la primaire de la gauche, puis celui du scandale Fillon, puis qui sait celui des emplois fictifs du FN et pourquoi pas celui de la chute de Fillon et de l’intronisation au dernier moment de François Baroin… Laisser passer c’est renoncer à exister !

Oui les français élisent un homme ! S’ils élisaient des idées ils auraient choisi François Bayrou et non Sarkozy puis Hollande. Mais ils aiment voter aussi pour un homme qui fait semblant de prendre des engagements ! Le peuple veut pouvoir savoir ce qui changera dans sa vie en faisant d’un tel le roi pour cinq (parfois très longues) années.

Et de programme, soyons honnêtes, à ce jour, Macron n’en a aucun. C’est promis ce sera “d’ici le 1er mars”. Trop tard ou pas, nous le saurons bientôt. En attendant, à défaut d’idées à condamner, les médias s’attaquent à l’homme, puisque la candidature se limite à ce squelette là. Et il faut reconnaître que nos amis journalistes se font plaisir. Pas une journée ne passe sans une nouvelle salve contre le jeune candidat :

Tapez “Emmanuel Macron” dans Google et vous saurez que le vent tourne plus vite que la girouette depuis 48h :

Pour remonter cette pente savonneuse, il va falloir un programme, et surtout il va falloir qu’il soit original, efficace et bon !

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