Qu’attendent les singes, l’autre regard sur l’Algérie

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Yasmina Khadra présentent toujours des histoires pleines de subtilités, de messages porteurs d’espoirs et de paix. Quelle mouche l’a donc piqué avec ce petit roman policier à la fois plaidoyer passionné pour le peuple algérien mais dont chaque page suinte la rage, la colère et la révolte.

“Il y a ceux qui font d’une lueur une torche et d’un flambeau un soleil et qui louent une vie entière celui qui les honorent un soir ; et ceux qui crient au feu dès qu’ils voient un soupçon de lumière au bout de leur tunnel, tirant vers le bas toute main qui se tend à eux. En Algérie, on appelle cette dernière catégorie : les Béni Kelboun. Génétiquement néfastes, les Beni Kelboun disposent de leur trinité : ils mentent par nature, trichent par principe, et nuisent par vocation. Ceci est leur histoire.”

Le lecteur est d’emblée plongé, presque malgré lui, dans cette critique en règle des lâchetés algériennes A travers ce roman noir violent, l’ancien soldat devenu auteur à succès affirme avoir voulu rendre compte d’une réalité sociale précise dans un pays broyé, sous l’emprise d’une poignée de «révolutionnaires» autoproclamés héros de la nation : « Les rboba d’Alger ».

Ils furent les libérateurs de l’Algérie, ou revendiquèrent ce titre, et dominent tels des statues de commandeurs le destin d’une nation dont les richesses sont pillées et le peuple enfermé dans un rôle de servile fossoyeur de ses propres libertés.

Yasmina Khadra

Pour la première fois j’ai reposé le livre de Yasmina Khadra avec dans la tête comme un gout d’inachevé, de construction maladroite. On a le sentiment que l’auteur construit un roman de bonne facture autour d’une intrigue policière efficace mais que porté par on ne sait quelle pulsion il y distille sans la moindre dose de subtilité des pages de discours politique marquant la rancune d’un homme et le fatalisme d’un peuple.

Yasmina Khadra se perd dans son discours, lui dont le vrai nom est Mohammed Moulessehoul, lui qui servi comme officier dans l’armée algérienne pendant vingt-cinq ans, lui qui durant la guerre civile algérienne, dans les années 1990, est l’un des principaux responsables de la lutte contre l’AIS puis le GIA, en particulier en Oranie… Lui qui servi le régime avant de faire valoir ses droit à la retraite et devenir l’auteur au talent que l’on connait et apprécie. Va-t-il pour autant tourner le dos à ce régime qu’il voue désormais aux gémonies ? Presque…

C’est à la demande du président Abdelaziz Bouteflika qu’il est nommé directeur du Centre culturel algérien en 2008, avant d’en être démissionné 6 ans plus tard … punition pour ce cadre du régime qui a parlé « d’absurdité » et de « fuite en avant suicidaire » à propos du quatrième mandat de Bouteflika, le plus célèbre malade algérien de 77 ans à l’époque… En fait, dès le 2 novembre 2013, l’auteur avait annoncé sa propre candidature à l’élection présidentielle algérienne sans parvenir à obtenir les signatures nécessaires.

Dans qu’attendent les singes, on se perd entre le témoignage d’un homme, la colère d’un personnage, l’intrigue d’un romancier et les rêves de révolte d’un peuple.

1 thought on “Qu’attendent les singes, l’autre regard sur l’Algérie

  1. Quel dommage, c’est un auteur que j’aime beaucoup également. (Malgré les polémiques et l’odeur souffreteuse qui s’en dégage parfois…)

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