Ce que l’on ne voit pas dans nos rétroviseurs

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N’en déplaise aux opposants d’Anne Hidalgo, la voiture recule, lentement, doucement mais clairement. Elle recule en ville, là où tout est désormais fait pour faire prendre conscience aux habitants qu’il existe d’autres solutions. Des solutions qui sont plus efficaces c’est à dire plus rapides, qui sont meilleures, pour l’environnement, pour la santé et pour la qualité de vie, la votre comme la notre.

Au-delà de l’exemple parisien, la pression monte sur l’usage de la voiture individuelle en milieu urbain tout autour de la planète ou du moins dans la société occidentale. Si l’on compare le taux de détention d’un véhicule en pourcentage du nombre de ménage (source Euromonitor) on constate qu’en 2014, 69,9 % des ménages parisiens détenaient une voiture contre 83,9 % des ménages français. Cette différence de 4 points reste faible si l’on compare à nos camarades occidentaux : 9 points entre Amsterdam et les Pays-Bas, 22 points entre New-York et les Etats-Unis, 15 points entre Tokyo et le Japon et surtout 24 points entre Berlin et l’Allemagne.

Nous sommes donc en retard mais nous sommes au sein d’un mouvement global, mondial, auquel nous ne pourrons échapper. Entre les restrictions de circulation, la rareté (et la cherté) des parkings – plus de 20.000 places individuelles ont été supprimées à Paris en dix ans -, l’essor des nouvelles formes de mobilité (covoiturage, autopartage, vélo à la demande, location entre particuliers), la voiture individuelle se rapproche inexorablement de l’impasse urbaine.

Et pourtant l’ensemble du système de mobilité tourne autour de la voiture et de ses besoins. C’est le cercle vicieux de l’organisation urbaine parisienne. L’hyper centre vicié par la pollution automobile est prisonnier d’un urbanisme automobile dont il n’a plus besoin. Il est néanmoins entouré de zones périphériques qui ne disposent pas des équipements adaptés pour des déplacements libérés de l’automobile et dont les habitants voient d’un mauvais oeil la limitation de l’espace public dédié à leur moyen de transport privilégié.

Le manque de courage politique, qui est l’essence même de la décentralisation, empêche les réformes globales sur ce sujet comme sur bien d’autres. Les intérêts contradictoires des uns et des autres imposent d’avancer par des petits pas plus ou moins discrets. Prenez la fermeture de la voie rapide George Pompidou. Elle s’étend, au niveau des berges basses de la Seine, sur 3 kilomètres qui seront fermés aux véhicules et rendus aux piétons et aux vélos en exclusivité. Que de débats, que de drames, que de dépenses en études et en communication événementielle pour quelques kilomètres d’une voie en zone inondable …

Loin de moi l’idée de partager ici une vision globale de la politique d’organisation urbaine dont Paris a tant besoin et qui fait tant défaut à l’imagination, pourtant débordante, de la majorité municipale actuelle. Mais quand même, ne peut on parler de choses simples ? Ne peut on regarder ce qui fut fait avec talent dans d’autres villes comme à Berlin malgré ses grandes avenues froides, comme à Bordeaux et la complexité ancestrale de son plan urbain ?

Des solutions existent, qui nécessitent une vraie autorité politique et institutionnelles. Mais la première de toute, c’est de respecter le vivre ensemble. De descendre de sa voiture personnelle et de découvrir qu’il existe mille et une façon de circuler d’un bout à l’autre de notre métropole magnifique.

La première des solutions, c’est probablement de respecter l’autre dans sa manière de circuler …

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