Macron, Hamon, Fillon et les autres … pourtant mon encre reste sèche

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Je suis devant cette page blanche et mon encre reste sèche. Cela fait pourtant 15 ans (peut être même 20 ans) que je me bats pour les valeurs d’un certain nihilisme centriste, cette idéologie étonnante et honnie qui veut qu’il y ait des gens biens et de bonnes idées dans l’ensemble des familles politiques.

Cela fait longtemps que je milite pour cette cause perdue d’avance, celle qui veut que nous puissions travailler ensemble au service non seulement de la justice sociale mais aussi de l’efficacité économique. Une vision du monde où les vieilles querelles entre la droite libérale et la gauche collectiviste sont dépassées au nom d’un compromis national où l’intelligence prime sur l’idéologie.

Alors bien sur, mes amis voyant Emmanuel Macron apparaître sur la scène, se sont retournés vers moi avec un grand sourire, attendant de me voir pleurer de bonheur et descendre dans la rue, me mettant “En Marche” tracts à la main et argumentaires caressant mes lèvres.

Et pourtant, mon encre reste sèche.

Cette campagne électorale, qui aurait du être mon grand moment de bonheur militant me laisse comme un gout amer dans la bouche, celui de la trahison des valeurs et de l’esprit de nos institutions. Un sentiment de gâchis énorme dont la seule responsabilité repose sur les militants de droite et de gauche qui se sont exprimés lors des primaires. Ces militants, ces électeurs, en faisant les deux choix qu’ils ont fait, ont démontré qu’ils ne comprenaient décidément rien ni à la France ni à ses institutions en encore moins à la grandeur de la fonction présidentielle. Comme si cinq ans de François Hollande ne suffisaient pas à abaisser la fonction fondée par le Général de Gaulle, ils ont osé désigner François Fillon et Benoit Hamon comme héritiers potentiels … sérieusement …

Les français, dans leur grande sagesse, vont balayer les résultats des primaires non seulement en éliminant ces deux candidats, auto-proclamés comme “principaux”, dès le premier tour mais surtout leurs résultats au terme de ce premier tour sera une telle humiliation pour le Parti socialiste et l’UMP (LR) qu’ils ne pourront s’en relever. Les deux mouvements dans leur forme actuelle ne pourront survivre à cette élection, les primaires quant à elles retourneront dans les limbes institutionnelles d’où elles n’auraient jamais du sortir.

François Fillon en s’accrochant à sa candidature au nom du résultat des primaires restera dans l’histoire comme le fossoyeur de la droite républicaine.

Benoit Hamon en gagnant malgré lui la timbale socialiste, paye le prix de son inconséquence pendant les cinq années du quinquennat Hollande. Tous ceux qu’il a méticuleusement trahi pendant cette période se retournent aujourd’hui contre lui. Et les cris d’orfraies des quelques militants qui l’accompagneront dans le précipice électoral d’avril, hurlant à la trahison, ne peuvent effacer le fait que Benoit Hamon a voulu a plusieurs reprises faire tomber le gouvernement socialiste auquel il appartenait sans jamais avoir le courage d’aller jusqu’à la rupture par simple lâcheté et pour protéger sa future investiture aux législatives.

Il y a l’improbable Dupont Aignan, héraut des maisons de retraites des Yvelines et des Alpes maritimes, porteur d’un costume tellement trop large pour lui que peu à peu il nous penser au clown contre-pitre de la vie politique.

Il y a Philippe Poutou et Nathalie Arthaud qui jouent leur jeu habituel de révolutionnaires plus ou moins sympas utilisant cette élection à laquelle ils ne croient pas comme tribune politique.

Il y a Cheminade, Asselineau et l’effarant Jean Lassalle … ces trois hommes qui sont clairement là où ils ne devraient pas être et qui nous amènent à nous interroger sur la manière dont les maires de France accordent leurs signatures pour autoriser les candidatures à l’élection présidentielle.

Il nous reste ceux qui, je le pense, seront le trio de tête du premier tour dans un ordre à définir : Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Ces trois là sont les seuls à faire une campagne digne de la Vème République, même s’il s’agit de l’abattre !

Ces trois candidats font campagne pour conquérir le pouvoir, non pas dans le sens révolutionnaire du terme  “conquérir” mais dans le sens électoral du terme. Et les trois sont plus ou moins excellents dans cette pratique notamment Emmanuel Macron. Mon problème avec ces candidats est dans la suite des événements. Car après avoir conquis le pouvoir, il faut savoir l’exercer et mener une politique favorable à la France et à son peuple.

Quand je discute avec les soutiens de Mélenchon et Le Pen, je “découvre” des hommes et des femmes plein de haine et de colère. Une rage militante qui veut tout emporter avec elle, tant elle est fondée sur des certitudes et non des convictions. On peut parler aux convictions, on ne peut qu’obéir aux certitudes et l’obéissance n’est pas la première de mes qualités.

Il me reste bien sur Emmanuel Macron. Il a tout pour me plaire et c’est peut être ça qui me gène. Je me souviens ce jour de mes 25 ans où je m’apprêtais à partir dans un lointain pays servir l’Etat et qu’un agent de nos services de sécurité nationale se décida à m’expliquer une chose fondamentale : “je ne sais pas si tu as beaucoup de succès  avec les filles mais souviens toi d’une chose, si là bas tu te fais draguer par la plus belle des filles et que ça ne t’arrive pas en France, c’est qu’il y a quelque chose de pas normal”.

C’est un peu le sentiment de malaise que je ressens avec les yeux doux d’Emmanuel Macron, comme un arrière gout d’anormalité centriste. Je regarde Macron, je l’écoute et résonne en mon esprit comme un écho de l’agonie républicaine racontée par Marc Dugain dans l’emprise.

Mon encre est sèche.

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