Pourquoi je vote Macron !

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Tous les cinq ans ce pourrait être la même rengaine … des heures de publicités politiques dans les médias, quelques scandales plus ou moins vérifiables, des idées sans programme ou des programmes sans idée et le face à face improbable d’un homme avec une enveloppe vide. Ce combat entre un cerveau et des émotions, masqué par un simple rideau comme s’il fallait cacher son incertitude.

J’ai voté aux primaires de la droite … j’ai voté aux primaires de la gauche… et comme beaucoup de Français (et j’espère la majorité d’entre eux) je ne voterai pour aucun des deux candidats désignés par cet exercice américain. Le résultat des urnes dimanche prochain devra acter le naufrage de l’adaptation du modèle « primaire » à la Cinquième République en éliminant dès le premier tour les deux candidats des partis dits de Gouvernement, de ces deux entreprises politiques qui exercent le pouvoir sans discontinuer dans notre pays depuis maintenant 60 ans.

Le temps est venu de tourner cette page de la politique française. Refuser de voter pour Benoit Hamon et François Fillon, c’est donc d’abord pour moi refuser de voter en faveur d’un système politique qui d’échecs  en échecs a ouvert la porte de la république à Marine le Pen. Un système qui a toujours refusé les vraies réformes de peur de perdre un peu de son pouvoir ou de son influence. Un système qui méprise le peuple et sa volonté en se drapant dans ces absurdes apparences de valeurs républicaines qui ne sont en fait que des certitudes de classe … au moins une certitude, celle de la légitimité de ses avantages et prébendes modernes.

Au-delà de ce rejet de principe qui m’anime, je ne peux voter pour ces deux candidats du fait de ce qu’ils sont et de ce qu’ils portent. François Fillon, je m’en suis largement épanché sur ces pages est au-delà des accusations de corruptions qui suffiraient à elles seules à le disqualifier dans n’importe quelle démocratie normale, un conservateur libéral qui a pour projet de monter les français les uns contre les autres. Benoit Hamon, candidat du hasard et du rejet, n’a pour sa part ni l’envergure, ni le talent et encore moins le projet pour pouvoir espérer s’asseoir un jour dans le fauteuil de De Gaulle ou Mitterrand. Non pas qu’il manque d’idées novatrices ou agréables à l’oreille mais c’est bien d’un Président de la République dont il s’agit et pas d’un énième Président du conseil général de Corrèze.

Je dis la rupture et pourtant, vous le savez, je regarde le Rubicon de loin en écartant Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Je laisse aboyer leurs militants sur les réseaux sociaux, espérant que la France saura s’écarter de cette double menace populiste et non populaire. Je l’assume, Mélenchon est à la gauche ce que Le Pen est à la droite : la survivance aigrie d’un passé douloureux.

Leurs programmes divergents mais parallèles sont par leur extrémisme commun la saignée d’un docteur du XVIIIème siècle, ce genre de traitement dont le malade ne se remet que rarement. Les deux veulent dépenser plus … l’un en prenant aux « riches », l’autre aux étrangers … Les deux veulent quitter l’Europe et l’Euro … mais pas vraiment, ou en tout cas à contrecœur, enfin peut-être, on verra … en tout cas il y aura un référendum … ou deux ….

Une chose est claire, c’est sur les questions migratoires : l’une veut mettre tous les étrangers dehors mais n’explique pas pourquoi ni comment elle fait, et l’autre veut accueillir tous ceux qui souhaitent venir sans expliquer comment il finance leur prise en charge …

Le plus beau avec Mélenchon c’est le calendrier de son projet : entre juin et aout 2017 : un référendum pour convoquer une constituante. Des élections législatives entre septembre et décembre 2017. Puis, pendant 2 ans … débat à l’assemblée constituante avant un nouveau référendum pour application de la constitution en 2020… On soulignera que JLM démissionne s’il perd un de ses référendum ou dès la mise en place de la nouvelle constitution donc il présidera au mieux 2 ans et demi ou au pire 4 mois … Et mon interrogation est la suivante : il applique quand le reste de son programme économique, social, fiscal, européen et diplomatique ?

Bref, vous l’avez compris il me reste Emmanuel Macron !

Pour autant soyons d’accord, le rejet instinctif ou réfléchis ressenti à l’égard des autres candidats n’est pas la seule chose qui m’amène à me mettre en Marche vers mon isoloir. Il y a d’abord une intime et profonde inquiétude sur l’Etat d’un pays qui n’est plus gouverné depuis bien longtemps. Les acteurs sont usés et dépassés, pour la plupart ils ne comprennent rien à la nouvelle économie qui émerge et emporte sur son passage nos vieilles industries fatiguées.

Alors oui, il y a une question d’âge et de génération. Le temps est peut-être venu de laisser sa chance à une nouvelle génération d’hommes et de femmes qui comprennent la société telle quelle est. Une génération qui a grandi dans une France où l’Europe est une évidence, un fait plus qu’un projet. Une génération qui n’a pas connu la fin de la colonisation, la guerre d’Algérie ou la chute de la IVème république. Macron est né sous Giscard et laisse à l’histoire ce qui lui appartient.

En votant pour Emmanuel Macron, je vote pour un homme, un projet et une vision de la politique. Je ne suis pas aveugle et les doutes qui balayent le cœur des français, je le ressens également. Je m’interroge moi aussi sur les soutiens du candidat d’En marche, sur ses liens avec les grands capitaines d’industrie français. Mais je sais qu’aucun candidat ne cochera jamais toutes les cases de mon cœur et de mon cerveau. Je n’ai pas milité pour Macron contrairement aux combats que j’ai pu mener avec l’énergie du désespoir en 2007 et 2012. Pour autant, dimanche c’est sans trembler que je glisserai un bulletin à son nom dans l’urne magique de la République. C’est là le seul vote possible quand on veut comme moi renverser la table mais préserver la République.

 

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