13 reasons why … la série d’utilité publique de Netflix

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A la fin du mois de mars, Netflix a frappé un grand coup avec sa nouvelle série : 13 reasons why que l’on pourra traduire par : les 13 raisons pour lesquelles mais que les traducteurs français on préféré traduire plus simplement par “13 raisons”… Il s’agit de l’adaptation du livre Jay Asher portant le même titre et qui était resté pendant plusieurs mois au top de la liste des best-sellers du New York Times.

Cette série, plus encore que le livre fait débat, notamment dans les pays anglo-saxons et dans les milieux conservateurs européens car elle aborde un sujet pour le moins sensible : le suicide chez les adolescents.

Pour vous résumer l’intrigue : Clay, jeune homme un peu fragile de 17 ans reçoit treize cassettes audios enregistrées par son amie Hannah Baker avant qu’elle ne se suicide. Elle y parle de treize personnes qui sont impliquées dans sa vie : amies ou ennemies, chacune de ces personnes a compté dans sa décision. D’abord choqué, Clay écoute les cassettes en cheminant dans la ville. Puis, il se laisse porter par la voix d’Hannah. Hannah en colère, Hannah heureuse, Hannah blessée et peut-être amoureuse de lui. C’est une jeune fille plus vivante que jamais que découvre Clay. Une fille qui lui dit à l’oreille que la vie est dans les détails. Une phrase, un sourire, une méchanceté ou un baiser et tout peut basculer.

Sherman Alexie, auteur du best seller “Le Premier qui pleure a perdu” explique que “Treize Raisons est un mystère, une apologie, une cérémonie”. C’est la description la plus exacte que j’ai pu trouver car loin de faire l’apologie du suicide, l’auteur et le réalisateur font l’apologie de la vie et démontent point par point tant le mystère que la cérémonie libératoire du suicide. Ils décortiquent les obscures raisons qui poussent un jeune plein de vie à croire que cette vie ne mérite pas d’être vécue.

La façon dont Netflix a adapté le livre de Jay Asher a provoqué de nombreux débats. Adolescents, professeurs, parents et psychologues échangent pour savoir si cette série a eu un impact positif ou non sur les jeunes. Au cœur de la polémique, on trouve, au dernier épisode, la mise en scène explicite d’un suicide, que certains qualifient de quasi-mode d’emploi.

Le Washington Post revient sur son site sur ces semaines de débat, mentionnant d’abord l’avis d’éducateurs et de médecins. La façon dont est montré le suicide «pourrait contribuer à un “effet de contagion” parmi les élèves souffrant de maladie mentale et pourrait amener des cas d’auto-mutilation et des menaces de suicide chez les jeunes», selon eux. Plusieurs groupes et organismes de soutien ont pris la parole pour faire de la prévention et demander aux jeunes d’être prudents en visionnant la série.

Ce que j’ai vu pour ma part c’est, pour la première fois, la souffrance physique ressentie par la personne qui se suicide : non, se couper les veines dans une baignoire n’est pas un beau geste, non, il est faux de croire qu’on ne ressent rien et qu’on s’endort telle une princesse … Hannah Baker hurle de douleur en se tranchant les veines et elle n’est surpassée dans la douleur et les hurlements que par ses parents qui la découvrent baignant dans son sang.

La série va plus loin encore en dressant une véritable fresque sociologique et psychologique d’un lycée, pour le coup américain, mais finalement au delà des différences culturelles, de tous nos lycées. On y parle de l’amour, de la violence, de l’isolement, de l’homosexualité, de la famille, du viol … et donc de ce qui obnubile les adolescents : de sexe.

Sur la forme, elle oscille entre le Teen Show et le drame ancien, déclamatoire, tant la voix de la disparue est omniprésente et quasi obsessionnelle. On est bien au cœur d’un poème dramatique mettant en scène des personnages réels au cœur d’une action destinée à provoquer la terreur ou la pitié par le spectacle des passions humaines et des catastrophes qui en sont la conséquence. Comme l’écrit Corentin Durand dans Numérama : 13 reasons why est “une œuvre que l’on déteste regarder, oppressante, voyeuriste et brute, mais dans laquelle, étrangement, une force narrative radicale finit par jaillir, non pas pour plaire mais pour frapper, jusqu’au sang.”

Une fois encore, Netflix réussit son pari, celui de tuer la télévision traditionnelle, de dépasser le politiquement correct en offrant aux spectateurs une oeuvre allant bien au delà du simple divertissement. La série en général devient un art majeur qui porte des messages éducatifs, là où les autres acteurs sociaux, pétris de leurs certitudes sont devenus incapable de répondre aux simples questions d’une jeunesse par essence perdue.
On oubliera pas qu’entre 600 et 1 000 adolescents mettent fin à leurs jours chaque année en France, le suicide représentant actuellement la deuxième cause de mortalité entre 15 et 24 ans (après les accidents de la route)…source : Union nationale pour la prévention des suicides

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