L’espoir des Gandhi … un quart de siècle après le dernier martyr (6)

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Si Gandhi était le grand combattant de l’indépendance et l’initiateur moral de la dynastie politique (1), Nehru en est le véritable fondateur, de la dynastie comme de la démocratie indienne (2). Sa fille Indira Gandhi, lui succède et devenait une grande réformatrice progressiste,avant le tournant autoritaire (3) qui lui aura été finalement fatal.  (4). Au lendemain de son assassinat, son fils lui succède et mène le pays sur les chemins de la croissance et de la stabilité avant d’être à son tour balayé par le tourbillon de haine et de sang (5).

C’était le 21 mai 1991. La ligne sécurisée sonnait au numéro 10 de l’avenue Janpath, la résidence des Gandhi. Puis en l’espace de quelques minutes ce sont toutes les lignes qui sonnaient partout dans la maison. Sonia Gandhi se jeta dans le couloir tombant sur le secrétaire particulier de son époux, Rajiv, Premier ministre de la plus grande démocratie au monde. Elle le regarda dans les yeux et ne posa qu’une question : « est-il vivant ? »

C’était le 21 mai 1991. Rahul Gandhi avait 21 ans et découvrait horrifié l’attentat suicide qui transformait son père en un mythe politique. Il ne restait presque plus rien du corps de l’héritier des Gandhi, balayé par la haine incontrôlable et injuste des Tamouls et laissant l’Inde à la recherche de son héritage.

Sonia, la gardienne du temple

Sonia Gandhi et en arrière plan Rahul et Priyanka

Plus d’un quart de siècle est passé, les enfants de Rajiv Gandhi ont grandi, ils se sont mêlés à la vie politique de leur pays mais en se gardant bien de songer à la première place. Ils ont laissé leur mère, cette italienne que rien ne prédestinait au pouvoir, et encore moins en Inde, jouer le rôle de gardienne du temple sacré des héritiers du grand Nehru

Le destin de Sonia Gandhi est une incroyable odyssée humaine. Née en 1946 dans une famille catholique, elle passe une jeunesse tranquille dans la banlieue de Turin. C’est à Cambridge où elle est venue apprendre l’anglais qu’elle rencontre en 1965 un étudiant indien en ingénierie dont elle tombe follement amoureuse. Au désespoir de son père, entrepreneur en batiment, celui qui n’est autre que le fils aîné du Premier ministre indien l’épouse en 1968 et l’emmène en Inde.

“C’est ici (en Inde) que je rendrai mon dernier souffle et c’est ici que mes cendres se mêleront à celles de mes êtres aimés”.

De cette union naîtront deux enfants, Rahul en 1970 et Priyanka en 1972. C’est en 1983 que Sonia abandonne sa nationalité italienne et devient indienne à part entière. Une identité qu’elle revendique pleinement rappelant à qui veut l’entendre que “C’est ici (en Inde) que j’émettrai mon dernier souffle et c’est ici que mes cendres se mêleront à celles de mes êtres aimés“.

Pour le bien de ses enfants, et probablement parce qu’elle avait vu et vécu tous les malheurs de la politique indienne,  Sonia résista longtemps aux suppliques du Parti du Congrès qui cherchait une personnalité charismatique pour mener le parti. Sonia, seule héritière des Nehru Gandhi en âge de concourir refuse inlassablement.

Ce n’est qu’au bout de 7 ans, en 1998 qu’elle accepte finalement de s’impliquer dans les activités du parti familial.

“J’ai fait cela en raison d’un certain sens du devoir que je ressentais envers ma belle-mère et mon mari… parce que j’ai vécu dans une famille qui a littéralement donné sa vie pour le Parti du Congrès et pour le pays. Et j’ai pensé qu’il était à ce stade de mon devoir, à l’égard de ma famille, d’apporter mon aide”.

L’année 1998 a en effet été marquée par une défaite humiliante du Congrès mené alors par Sitaram Kesri. Ce dernier provoque les élections mais ne les a pas préparé. Impopulaire, l’homme politique de presque 80 ans ancien ministre d’Indira puis de Rajiv est éclipsé par la militante Sonia Gandhi qui rassemble des foules immenses lors de ses interventions publiques. Finalement le parti n’obtient que 26,4 % des suffrages, loin derrière les 47 % d’Atal Bihari Vajpayee. Sonia prend alors la tête du Parti du Congrès.

La marche vers le pouvoir

Quelques mois plus tard, le 17 avril 1999, le gouvernement de coalition du parti Bharatiya Janata (BJP) dirigé par le Premier ministre Atal Bihari Vajpayee échoue d’une voix à obtenir la confiance de la Lok Sabha (chambre basse du Parlement) ce qui provoque des élections anticipées.

Manmohan Singh et Sonia Gandhi

La campagne s’organise autour des solides alliances de la droite, des résultats jugés positifs de la guerre du Kargil (mai-juin 1999) “emportée” par le Premier ministre indien, mais aussi et surtout sur l’origine étrangère de la cheffe de file du Congrès. In fine, si le parti des Nehru Gandhi emporte 33% des voix, il perd de nombreux sièges et enregistre pour la première fois de son histoire une deuxième défaite électorale d’affilée.   

Le parti du Congrès prendra dès lors le temps de l’introspection et de la reconstruction sous la férule de sa présidente.

Après presque 5 ans d’un pouvoir sans difficulté majeure, Le Premier ministre Atal Bihari Vajpayee sollicite la dissolution prématurée du Lok Sabha afin d’organiser des élections anticipées. Il espère bénéficier des bons résultats économiques et d’un effet de vague suite aux victoires enregistrées lors des élections locales.

Alors que tous les sondages donnent le BJP victorieux, c’est Sonia Gandhi soutenue activement par ses deux enfants devenus adultes et engagés qui emporte la victoire avec 27% des suffrages et 10 millions de voix d’avance sur le premier ministre sortant. Après quelques hésitations, et là encore à la surprise générale, elle refuse le poste de Premier ministre et désigne l’ancien ministre des finances Manmohan Singh, qui devient Premier ministre et qui ainsi le premier Sikh à occuper ce poste.

Le duo formé par l’économiste Premier ministre et le symbole, cheffe du parti gouverne l’Inde sous les coups de l’opposition de droite. Accusée de bénéficier de revenus illégaux, Sonia Gandhi démissionne le 23 mars 2006 de son poste de députée et de présidente du conseil national consultatif. Le 11 mai, elle est réélue avec 80,5% des voix face à trois candidats.

Finalement, le gouvernement parvient au terme de son mandat et la coalition dirigée par Sonia Gandhi (UPA) remporte à nouveau les élections en 2009. Manmohan Singh est le seul Premier ministre avec Nehru à mener son mandat à ton terme et à être réélu.

Pendant ce second mandat, l’UPA a été fragilisée par plusieurs scandales de corruption et une économie moins dynamique qu’avant. Cela a amené plusieurs partis à quitter la coalition. Usé par 10 ans de pouvoir, Manmohan Singh ne souhaite pas rester Premier ministre et tous les regards se tournent vers Rahul Gandhi, fils de Sonia et Rajiv et récemment nommé vice-président du Congrès. Il dirige la campagne du parti et pourtant le mouvement indique qu’il ne nommerait pas officiellement de candidat au poste de Premier ministre avant le scrutin.

Rahul Gandhi essaye de moderniser le mouvement et de l’ancrer résolument à gauche en instaurant un système de primaires internes et en axant son programme sur la protection des femmes et des minorités ainsi que sur la création d’un « droit universel à la santé » qui nécessiterait de doubler les dépenses de santé du pays.

La débâcle électorale de 2014

Le Congrès est purement balayé, laminé par une vague nationaliste hindoue : avec seulement 44 sièges (au lieu de 206 en 2009), il réalise le pire score de son histoire. En Uttar Pradesh, le Congrès ne conserve que deux sièges : ceux de Sonia et Rahul Gandhi. La coalition dont le Congrès était l’âme et le coeur passe de 262 à 59 sièges.

A l’opposé, le Le BJP désormais dirigé par le nationaliste Narendra Modi remporte 282 sièges. C’est la première fois qu’un parti obtient seul la majorité absolue depuis les élections de 1984.

Sonia Gandhi, présidente du parti et son fils Rahul Gandhi,  vice-président et directeur de campagne du parti, présentent immédiatement leurs démissions. Elles sont immédiatement refusées par les instances du mouvement.

La succession des Nehru – Gandhi

Rahul prend le large et disparaît pendant un an, le temps de réfléchir et de trouver un angle d’attaque. Il revient sur le devant de la scène et porte voix des défavorisés exhortant le peuple indien à combattre un gouvernement corrompu, au services des industriels. Il est de tous les combats de la gauche, sur l’égalité salariale, la dépénalisation de l’homosexualité, les droits des femmes.

Le 16 décembre 2017, Sonia Gandhi quitte officiellement le devant de la scène et cède la présidence du Parti du Congrès à son fils Rahul. Depuis lors il travaille à reconstruire l’aura des Gandhi dans le pays en vue des élections générales du printemps  2019. 

Les sondages s’améliorent mais pas assez pour faire de Rahul le futur Premier ministre. Le parti nationaliste hindou (BJP) sortant devrait perdre sa majorité absolue ce qui explique peut être la subite remontée des tensions armées entre l’Inde et le Pakistan ces dernières semaines. En effet, un affrontement de faible intensité pourrait rassembler les Indiens derrière leur leader.

De son côté, Rahul a fait du Ghandi en sortant sa carte maîtresse : sa sœur, Priyanka Gandhi Vadra. Cette dernière a officiellement fait son entrée en politique au mois de janvier. Elle s’était toujours tenue jusqu’ici à l’écart du monde politique, ne faisant exception que pour soutenir sa mère lors de certaines de ses campagnes.

Elle sera désormais chargée de la campagne électorale du parti pour la région orientale de l’Uttar Pradesh (nord), l’État indien le plus peuplé, crucial dans la conquête du pouvoir, à tel point que c’est là qu’a décidé de se présenter le Premier ministre sortant Narendra Modi.

Attendue comme le Messie depuis plusieurs année Priyanka Gandhi présente une ressemblance troublante à sa grand-mère Indira et est certainement meilleure oratrice que son petit frère. Ensemble ils s’acharnent à ce que la flamme allumée par leur arrière grand père en 1948.

 

 

 

 

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