Quand la jeunesse veut mourir

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Les chants résonnaient dans les travées. Les sanglots de ces jeunes gens abasourdis, orphelins de l’amour de leur ami, de leur frère choisi, glissent doucement le long de nos silences.

Il était la jeunesse.

Les traits allongés, la boucle brune portée avec un je ne sais quoi de désinvolture et un sourire malicieux, c’est ce que nous renvoi la photo encadrée, sérieusement posée sur le chevalet au côté d’un cercueil en bois.

Je ne vous parlerai pas de lui, je ne le connaissais pas. J’ai rencontré son fantôme à ses obsèques. J’ai rencontré ses amis, sa famille, êtres dévastés par l’injustice d’un “enfant” de 25 ans qui s’est lui même arraché à la vie.

Ce n’est pas la première fois que je me retrouve sur ce banc, dans cette atmosphère où chacun ne parle que de joie, de vie, d’amour et de bonheur alors qu’il s’agit de laisser derrière soi la mort, le chagrin et le désespoir d’un geste incompréhensible pour ceux qui ont oublié ce que c’est que “d’être jeune”.

Nous autres, êtres vieillissants regardons l’énergie, la beauté, l’enthousiasme de ces adultes en construction. Nous rêvons à ce que nous avons fait et à ce que nous n’avons pas osé.

La jeunesse est belle, pleine de rêves et d’espoirs mais elle ne le sait pas.

Elle est enfermée dans une vie qui chaque jour la ballote de bonheurs indicibles à de profonds désespoirs. Son goût pour le risque est la retranscription des manèges vertigineux où elle aime s’oublier ne serait ce qu’une minute. La jeunesse est une montagne russe, une barrette de shit, un petit verre en plus, une fête au bout de la nuit et un matin détestable.

Le passage de cette merveilleuse et terrifiante jeunesse à l’âge adulte où l’on feint de s’ennuyer, c’est l’apprentissage de l’équilibre, de ce moment misérable où l’on tient à la vie plus qu’à toute autre chose. L’équilibre entre les peurs et les passions, entre le vouloir et le pouvoir, ce subtil équilibre que seule l’expérience et l’âge parviennent à assurer et encore parfois avec de telles faiblesses que l’on peut finir par glisser, subrepticement, vers le néant.

Le désespoir est un mensonge

Il ne le sait pas encore, il ne le saura jamais que ce putain de désespoir n’est qu’un mensonge renvoyé par nos rêves et nos fantasmes. Le désespoir n’existe pas. Ce n’est pas un état, encore moins une fatalité, juste un sentiment. C’est une inconscience passagère que le soleil éclaire d’un jour nouveau. Toutes et tous nous avons connu ces longues soirées solitaires où, encerclés de nos pensées telles des murs construits de lianes infranchissables, nous oublions la chaleur du soleil, la brillance de la lumière naturelle pour nous abandonner à la nuit sans fin.

Il n’y plus d’espoir

C’est ce qu’il se répète sans fin. Il n’y a ni espoir, ni écoute. Comment pourrait il parler, partager ses doutes, lui le prince rayonnant de ses proches, lui qui irradie tous ceux qui l’entourent. C’est lui le roc, l’épaule apaisante, lui le sourire enjôleur qui écoute et rassure. Comment pourrait il les regarder en face et assumer ses failles, ses doutes, ses terreurs intimes? Comment pourrait il accepter de les décevoir?

Et pourtant, en ce matin tiède, ils sont tous là, agglutinés autour de sa dépouille. Ils sont tous là à se demander ce qu’il n’ont pas vu, pas entendu, mal interprété. Pourquoi donc s’est il tu ? Pourquoi n’est il pas venu se blottir dans les bras de sa mère, de son père, de sa sœur, de ses meilleurs amis ? Quel est donc ce secret de douleurs pour lequel il a préféré mourir plutôt que d’en partager le poids?

Il ne savait pas … à quel point ils l’aimaient

Il ne le savait pas… qu’il pouvaient tout leur dire, qu’ils ne les perdraient jamais, qu’il était le plus magnifique des joyaux à leurs yeux et que rien, jamais rien, ne serait à leurs yeux pire que de le perdre lui.

Il n’y a pas de nuit sans fin, de problème insoluble, de crise de panique et quand dans la solitude d’une chambre froide on a beau chercher encore et toujours sans jamais trouver de solution ou de porte de sortie alors c’est vers l’autre qu’il faut se tourner, l’être aimé ou l’inconnu, lui tendre la main et sans miracle aucun tu découvriras que lui, il saura te conduire vers le jour d’après.

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